Israël/Palestine : le jeu dangereux de « Bibi » !

par Hervé Pugi.

« Israël doit choisir entre Mahmoud Abbas, qui est prêt à négocier la paix, et le Hamas, qui veut nous détruire ». Ce constat sans appel est celui de Shimon Pérès, président de l’Etat d’Israël. Une évidence ? Sûrement pour toute personne censée, sinon pour un certain Benyamin Netanyahou, étrange Premier ministre pour qui le « processus diplomatique doit être géré avec responsabilité et sagacité ». Vraiment ? 

Nul n’est prophète en son pays, « Bibi » -comme on le surnomme- en sait quelque chose. Lui n’a jamais fait l’unanimité, et pas seulement en Israël. Ainsi, on se souvient des confidences/complaintes volées à Barack Obama et Nicolas Sarkozy en marge d’un G20 en 2011. Mais « Bibi » s’en fout. Loin de s’intéresser aux dires des uns et des autres, celui-ci continue à souffler le chaud et le froid dans une région en pleine ébullition. Comme lorsqu’il annonce en ce début d’année que « tout le monde sait que le Hamas pourrait prendre le contrôle de l’Autorité palestinienne ».
Un dur à cuir donc que ce leader du Likoud ? C’est en tout cas le portrait que l’on a l’habitude de dresser de celui que l’on qualifie peut-être un peu trop hâtivement de Faucon politique. Dans ces temps troublés, on peut en tout cas se demander si l’intransigeance de « Bibi » envers Mahmoud Abbas est une réelle démonstration de force ou une preuve de faiblesse. Dans les deux cas, il n’y a guère que les partisans d’Israel Beytenou de Lieberman ou les ultra-orthodoxes du Shas qui peuvent se réjouir d’une telle politique. Pas de fervents partisans du règlement pacifique du conflit israélo-palestinien. Face à de telles influences, on peut comprendre la récente intervention de Shimon Pérès, Prix Nobel de la Paix 1994.
Mais comment expliquer la fuite en avant actuelle (mais pas nouvelle) de Netanyahu ? On sait que le vote du 29 novembre dernier à l’ONU ayant entériné -à une large majorité (138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions)- l’accession de la Palestine au rang d’Etat observateur a provoqué le courroux de Tel Aviv. Le gouvernement israélien n’a d’ailleurs pas manqué de prendre un certain nombre de mesures coercitives envers une Autorité palestinienne encore toute à sa joie. Aux premiers rangs desquelles on trouve la rétention des taxes douanières dues à Ramallah ou la reprise de la colonisation, notamment du côté de Jérusalem-Est. Des décisions plus que symboliques dont Netanyahu ne peut décemment pas ignorer l’impact. En agissant de la sorte, il fragilise purement et simplement le trône déjà bancal d’Abou Mazen en Cisjordanie.

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La stratégie du pire ?

Pour peu que l’on applique la «Poussée d’Arafat» à la règle (« tout Fatah plongé dans le trouble fait irrémédiablement remonter à la surface le Hamas »), l’enseignement principal que l’on peut légitimement déduire de telles décisions fait froid dans le dos. En isolant de la sorte le seul interlocuteur légitime et intellectuellement crédible côté palestinien, Netanyahu fait clairement le jeu du Hamas. Le parti de ces « fous d’Allah » qui règnent en seigneurs et maîtres dans la bande de Gaza. Rongée par la corruption mais surtout par son impuissance chronique à répondre aux besoins de son peuple, ce qui reste du Fatah sait  que sa main-mise sur la Cisjordanie ne tient qu’à un fil. Un fil sur lequel Khaled Mechaal ne demande qu’à tirer.
Un scénario catastrophe pour Israël ? Cela dépend de quel côté on se place. Poussé toujours plus à droite par ses partenaires extrémistes, conseillé par des éminences néo-conservatrices (souvent proches des «va-t-en-guerre» tournoyant autour de l’ancien président Bush à la Maison-Blanche), Bibi pourrait bien avoir décidé de favoriser le conflit à la négociation. Et ce en développant un scénario aussi simpliste que dangereux : si la communauté internationale poussera toujours au dialogue avec Abbas, les mêmes n’apporteront en revanche jamais le moindre soutien aux leaders du Hamas. En guise de négociation, Tsahal pourrait dès lors simplement faire parler l’artillerie lourde au milieu d’un silence assourdissant. Bref, comme au bon vieux temps où Yasser Arafat était un terroriste infréquentable.
Et, dans ce rapport de force, Netanyahu sait pouvoir compter sur un allié de poids. Non pas Barack Obama mais bien le président des Etats-Unis. Celui-là même qui déteste le premier Ministre d’Israël mais qui n’hésite jamais à affirmer qu’il ne transigera « jamais quand la sécurité d’Israël sera en jeu ». Tout en précisant, en évoquant le Hamas, que « il n’y a pas de place à la table de négociations pour les organisations terroristes ». Tout est dit.
Dans ce qui ressemble fort à une hasardeuse partie de poker menteur, « Bibi » joue l’avenir de son pays avec quelques cartes maîtresses bien connues de tous. Une stratégie qui a fait ses preuves mais d’un autre temps. Surtout quand l’adversaire connaît enfin les règles du jeu et a acquis les moyens de se lancer dans une surenchère aussi payante que destructrice. Alors…

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