Mali : Alger face à ses choix stratégiques

par Hervé Pugi.

Ingérence supposée ou nécessité absolue, l’intervention militaire de la France au Mali ne doit en tout cas pas être perçue comme le début du règlement de la situation. Et pour cause, l’engagement de l’armée française -aussi efficace puisse-t-il être- ne résoudra en rien le problème. L’anéantissement d’Ansar Dine et la mise au pas des forces du MNLA ne se réglera effectivement pas simplement à coup de bombes larguées par des « Rafale » ou des « Mirage ». Les pays limitrophes du Mali ont leur mot à dire dans cette aventure et l’un d’eux tout particulièrement, il s’agit de l’Algérie…

Loin de se lancer dans une grande offensive de reconquête, l’armée malienne -appuyée par l’aviation française- pare au plus pressée afin de couper la route conduisant à Bamako. Pas de quoi réjouir Paris dont la position s’était largement infléchie ces dernières semaines. En effet, depuis la chute de Tombouctou en mars 2012, l’Elysée avait été le principal moteur des différentes mesures votées à l’ONU en faveur d’une intervention militaire au Mali. Une attitude pour le moins belliqueuse de l’ancienne puissance coloniale contrebalancée par l’attitude bien moins belliciste de la force prépondérante dans le Sahel. A savoir l’Algérie…
Car les événements actuels ne concernent pas uniquement les quelques acteurs que sont le Mali, Ansar Dine et le MNLA. Ils impliquent bien évidemment l’ensemble des pays frontaliers de la région des combats : la Mauritanie à l’ouest, le Burkina Faso et le Niger à l’est et l’Algérie -donc- au nord. Autant de pays dont le rôle sera primordial dans la question du règlement du conflit. Que ce soit par leur influence dans d’éventuelles négociations avec les terroristes et autres rebelles que par leur détermination à appuyer une probable offensive militaire d’envergure dans le nord Mali.
Or, jusqu’à peu, la position officielle de ces pays était pour le moins claire : la discussion plutôt que le recours à la force. Un pacifisme de façade que le président Bouteflika n’a pas manqué d’opposer aux velléités d’une Hillary Clinton sur le pied de guerre au moment de sa visite à Alger en octobre dernier. Un recours au dialogue également préconisé par Nouakchott, Ouagadougou et Niamey. Seulement, ce soutien à la position algérienne n’a rien d’indéfectible et ne devrait pas tenir la route bien longtemps.

Carte-Mali-ok

Le Sahel ? Le pré carré de l’Algérie
Et pour cause. Souvent soupçonné d’avoir flirté avec la rébellion touareg, la Mauritanie du président Mohamed Ould Abdel Aziz fait aujourd’hui profil bas mais surtout marche arrière. D’autant plus que le pays accueille sur son sol des bases logistiques… françaises et américaines ! Des amis bienveillants jusqu’à un certain point et qui ne manqueront pas de réclamer à Nouakchott sa part d’investissement dans un éventuel effort de guerre. Et comment refuser ? A l’inverse, le pouvoir en place au Burkina Faso est exempte de tout accusation d’une quelconque rôle trouble dans l’actuelle crise malienne. Le président Blaise Compaoré -au pouvoir depuis… un quart de siècle- est d’ailleurs connu pour son rôle de médiateur dans la région, notamment auprès du MNLA. Seulement, les talents de négociateur de cet autocrate vieillissant risquent cette fois de ne pas suffire à éviter la grande explication au nord Mali. Et plus encore quant on sait que Ouagadougou partage avec son voisin nigérien une folle crainte : voir débarquer en masse des milices armées sur son territoire. Porosité des frontières oblige. De fait, le président du Niger a lui déjà « musclé » son discours. Début décembre, Issoufou Mahamadou n’hésitait plus à affirmer que : « Les populations qui souffrent des exactions des groupes terroristes et du crime organisé ne peuvent pas attendre plus longtemps. Nous devons agir vite pour libérer le nord Mali ». Il n’est donc déjà plus temps de discuter à Niamey.
L’Algérie, pour sa part, semble bien plus attachée à la non-intervention d’une coalition internationale -occidentale ou autre- que ces alliés d’un temps. Pourquoi ? Tout simplement car le Sahel est ni plus ni moins le pré carré d’Alger. Et, de ce fait, nul question de tolérer une quelconque présence militaire (et surtout pas française !) s’établir dans son aire d’influence. Voilà qui explique en tout cas l’étrange magnanimité -en tout cas la grande patience- des négociateurs algériens envers Ansar Dine, groupe revendiquant pourtant ouvertement son affiliation à… AQMI. Il est effectivement étrange de constater que l’on discute avec certains terroristes quant on mène une guerre sans merci… aux même à l’autre bout du pays ! Une position paradoxale en forme d’acte manqué pour Bouteflika et ses partisans qui ont manqué là une occasion unique de redorer leur blason sur la scène internationale. En effet, l’Algérie avait vocation -selon les Etats-Unis mais aussi nombre de ses partenaires occidentaux- à prendre le commandement des opérations militaires dans la région. Las, entre palabres inutiles et calculs hasardeux, Alger est passé du statut d’interlocuteur incontournable à celui d’observateur impuissant face à la tournure récente des événements. Un état de fait qui n’a toutefois rien de définitif. Il ne tient qu’à l’Algérie de prendre ses responsabilités et assumer son rôle dans un dossier qui le concerne au premier chef. La France n’attend que ça…

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