Amour et conversion : drôle de ménage…

par Hervé Pugi.

Naître Maghrébine, c’est être Musulmane. Une affirmation en guise de constat (administratif) qui ne soulève pas uniquement la question d’un quelconque libre-arbitre quant au fait religieux. En effet, elles sont de plus en plus nombreuses à franchir allègrement une barrière tenace pour vivre leur amour au grand jour avec de non-musulmans. Reste que voir le jour dans un pays où religion d’Etat il y a n’est pas sans incidence au moment de passer le cap du mariage.     

Regroupement familial, transcription à Nantes ou visa long séjour sont des sujets largement abordés sur la toile. Notamment sur les nombreux forums fleurissant ici où là réunissant de milliers d’angoissés dans l’attente de rejoindre leur bien-aimé(e). Toutefois, bien que d’un tout autre ordre, les complications administratives existent également de l’autre côté de la Méditerranée pour les couples dits «mixtes». Assurément un vilain mot pour définir deux âmes réunis par Cupidon dont le seul tort est finalement d’être de nationalité différente. Un vocable mais surtout un concept détestable, tout administratif qu’il soit, qui prend une résonance toute particulière dès lors qu’une Musulmane (supposée) décide d’épouser et de faire sa vie avec un non-Musulman.

Passé les méandres de l’interdit religieux, discutable et discuté, ou encore les préjugés de certaines familles ou entourages, la problématique réside essentiellement dans le traitement bureaucratique de ces mariages. Ainsi, que ce soit en Algérie, au Maroc ou en Tunisie, pour ne citer que ces pays-là, les différentes Constitutions établies lors de l’Indépendance stipulent clairement que l’Islam est hissé au rang de religion officielle de l’Etat. Découle d’une telle décision une imprégnation certaines des préceptes coraniques sur les règles du Droit, notamment civil. Dans un tel cadre, difficile d’imaginer un «mécréant» trouver sa place dans la communauté nationale autrement que par… la conversion. C’est le début du chemin de croix pour nos couples -doublement- mixtes.

Maman et son bâtard !

Se marier d’un côté ou de l’autre de la Méditerranée, voire plus loin encore, ne change rien à l’affaire. Du côté du Maghreb, pas d’union envisageable sans une préalable conversion à l’Islam pour le conjoint. Difficile d’être plus clair. De fait, beaucoup préfèrent s’armer de patience et organiser une union civile dans le pays d’origine de ce dernier. Laïcité oblige, la question religieuse ne se pose pas dans une mairie. Brillamment contourné, l’écueil ne manque pourtant pas de resurgir dès lors que l’heureuse épouse navigue innocemment vers son consulat. Vouloir transcrire son mariage ou faire figurer son nom d’épouse sur une pièce d’identité ? A ces questions, une même réponse : «Monsieur est-il Musulman ?» Le certificat de conversion devient pour le conjoint ce que le certificat de résidence ou la carte de séjour est pour sa femme : l’unique solution à bien des problèmes. Car il y en a un autre… et de taille ! La question de la paternité est effectivement un question particulièrement sensible. Sans reconnaissance du mariage, impossible pour la mère de «donner» (légalement) un père à son enfant dans son propre pays d’origine. Maman ne vit plus seulement dans le péché, elle se retrouve avec un bâtard sur les bras !

S’inscrire dans une tradition religieuse n’est nullement blâmable. S’appuyer sur les fondements même de cette religion est un processus normal. Les pays occidentaux, qui se font aujourd’hui les chantres d’une certaine idée de la laïcité, ne se sont-ils pas eux-mêmes bâtis sur la pensée Judéo-Chrétienne ? Toutefois, sur ce sujet comme sur bien d’autres, on peut légitimement se demander quel intérêt retire ces Etats comme le monde musulman d’une telle législation. D’un point de vue politique, ces dispositions d’un autre temps ne font que renforcer l’idée d’une élite coupée des réalités d’une époque et d’une société en constante évolution. D’un point de vue religieux, que penser de ces certificats de conversion abondamment délivrés par différentes mosquées ? Complaisance d’un côté, aveuglement de l’autre, pour quelques convaincus, combien d’hypocrites ? Mais comment le leur reprocher quand le législateur ne leur laisse pas le choix…

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