Algérie : derrière la croissance…

par Hervé Pugi.

Inflation qui explose, balance commerciale qui vacille, exportation d’hydrocarbures en berne, les signaux envoyés par l’économie algérienne posent considérablement question.  Malgré un taux de croissance à 3,3 % pour 2012, la Banque d’Algérie (BA) tire la sonnette d’alarme alors qu’une grande partie de la population… tire la langue.

C’est un « pic historique » selon la prudente BA, rien de moins, que cette flambée de l’inflation passée en tout juste trois ans de 2,4 % à 8,9 % ! Une envolée d’autant plus préoccupante que celle-ci s’expliquerait par « la hausse des prix de quelques produits frais, comme la viande ovine ». Autrement dit, l’inflation se porterait principalement sur les produits alimentaires de consommation courante et taperait donc dans les portefeuilles du plus riche au plus modeste.

La faute aux marchés ? En partie mais pas seulement puisque la baisse des prix enregistrés par ceux-ci semblent ne pas avoir été bénéficié aux consommateurs algériens. Ainsi, la BA préconise sagement le « nécessaire suivi de la formation des prix intérieurs des produits de base importés à mesure que les imperfections des marchés intérieurs persistent et contrarient l’objectif recherché à travers les mesures de soutien de l’Etat ». Des mesures qui consistent essentiellement, rappelons-le, à subventionner certains produits dits de « première nécessité » ou encore à défiscaliser l’importation de certains autres tels que le sucre, la volaille ou encore l’huile de table.

Autant d’ajustements qui dévoilent une grave faiblesse de l’économie algérienne, à savoir sa grande dépendance à l’importation en matière alimentaire. La facture alimentaire se transforme en fracture sociale pour les Algériens en dépit de tout bon sens économique. Le meilleur exemple constitue les importations de viande.

Des finances publiques vulnérables

Ainsi, les récents chiffres communiqués par les Douanes algériennes pour le premier semestre 2013 font part d’une hausse de 67 % des volumes importés (de près de 2900 à plus de 4800 tonnes). Une arrivée massive sur les étales qui ne s’est pas pour autant traduite par la baisse des prix qu’aurait pu espérer les consommateurs et que visait clairement les autorités. Bien au contraire, les prix de la viande comme ceux des fruits ou des légumes n’ont cessé de croitre.

Au final, rien que pour le début 2013, la facture pour la viande s’élève à près de 25 millions de dollars (contre 16 millions en 2012 à la même période). De quoi grever considérablement les résultats d’une balance commerciale qui tend dangereusement à se recentrer vers un équilibre guère souhaitable. L’habituel excédent a fondu de moitié d’une année sur l’autre pour s’établir à 8,5 milliards de dollars (contre 15,7 milliards en 2012). La faute aux importations mais aussi à un recul significatif des exportations d’hydrocarbures (-7 %). L’or noir qui, rappelons-le, représente pas moins de 96 % des ventes globales du pays vers l’étranger. Voilà une autre dépendance, bien connue pour le coup.

« La vulnérabilité des finances publiques à d’éventuels chocs externes s’est encore accentuée au vu du risque de baisse des prix des hydrocarbures »  prévient d’ailleurs Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie, qui précise en outre que « l’envolée récente des dépenses courantes ne sont pas soutenables. » Des propos forts et significatifs de la part du patron de la BA qui n’hésite pas à évoquer un éventuel « défi sur le moyen terme pour l’économie nationale ». L’économie ? Un défi que relève déjà au quotidiens quelques 38 millions d’Algériens !

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