L’Islam contre l’Islam : l’interminable guerre des sunnites et des chiites

Le monde musulman se plait à penser que tout ses maux trouvent leur origine dans une nouvelle croisade lancée par l’Occident -Etats-Unis en tête- au lendemain du 11 septembre. Mais si les pays occidentaux ont leur part de responsabilité dans le chaos qui frappe actuellement « l’Orient Compliqué », l’Islam souffre sûrement bien plus encore des errements aveugles des différents courants qui constituent la communauté. Dans son livre « L’Islam contre l’Islam », Antoine Sfeir revisite la confrontation meurtrière opposant Sunnites et Chiites. Salutaire…

Il y a des deuils dont l’on ne se remet jamais. Plus encore que celui du Prophète ou de ses descendants, la communauté musulmane pleure encore et toujours sa belle unité, disparue en 632 avec la mort de Mahomet. S’il est courant (et aisé) d’expliquer le schisme entre Sunnites et Chiites par le prisme d’une simple querelle dynastique. 14 siècles plus tard, il est bien moins évident de parvenir à expliquer l’incidence de la Fitna sur les questions de géopolitique passées, présentes et futures. 

C’est donc à un exercice particulièrement compliqué de pédagogie que se livre Antoine Sfeir. En revenant sur la genèse de cet antagonisme mais aussi sur ce que celui-ci a pu impliquer dans l’histoire et jusqu’aux temps présents, le patron de la revue « Les Cahiers de l’Orient » révèle notamment au grand jour la multiplicité des courants dont regorge un Islam que beaucoup pensent monolithique. Car si Dieu n’a qu’une parole, révélée par le seul Prophète, il semble y avoir autant d’interprétations qu’il y a d’hommes sur terre.

Dogme et politique

Entre rigorisme et ésotérisme, tradition et modernité, extrémisme et pragmatisme, de nombreuses écoles de pensée sont en effet nées et ont prospéré aux quatre coins du monde musulman et à l’intérieur même du Sunnisme ou du Chiisme, engendrant quelques débats mais surtout bien des luttes. Nombre de ces courants ont perduré malgré les persécutions dont ces communautés ont été victimes. Le tout formant une mosaïque discordante qui ne manque pas de poser bien des problèmes dès lors que l’on y applique le calque des frontières nationales…

Car imaginer que l’antagonisme  sunnites/chiites à travers les siècles n’est qu’une question de dogme serait commettre une grave erreur. La question religieuse se confond bien évidemment avec celle de la géopolitique. Preuve nous en est donnée quotidiennement avec la guerre d’influence que se livrent les grandes puissances islamiques du Moyen-Orient. Le monde sunnite, financé par les monarchies pétrolières du Golfe, n’hésitant pas à mettre la main au portefeuille pour briser l’arc chiite conduit par l’Iran. Soutenant par là même les extrémistes de tout poil, Salafistes (Arabie Séoudite) et autres Frères musulmans (Qatar). Une république des Mollahs qui ne manque jamais pour sa part l’occasion de faire vibre la corde « chiite » afin de conserver toute son influence, que ce soit en Irak ou au Liban.

Conflit en Syrie : un cas d’école…

De fait, le conflit actuel en Syrie ne peut être apprécié sans prendre en compte de tels éléments. L’ingérence du Hezbollah ou des gardiens de la révolution iranienne pour soutenir le pouvoir alaouite découle bien moins d’un désir de contrecarrer les visées occidentales de renverser Bachar El-Assad que de maintenir un régime chiite à la tête d’un pays majoritairement sunnite. De même, « l’international djihadiste » présent sur le terrain aux côtés des « rebelles » syriens n’ont d’autre visée que de promouvoir un Islamisme à la mode wahhabite, directement importée de la péninsule arabique. Toutefois, l’histoire a prouvé que les intérêts nationaux peuvent primer sur les revendications confessionnelles (conflit Irak/Iran) ou encore que certaines communautés minoritaires n’hésitent pas à s’allier avec des régimes « laïcs » afin de contrebalancer un rapport de force en leur défaveur.

Vraiment « compliqué » cet Orient ! Surtout lorsque l’on met le nez dans les histoires de famille… Antoine Sfeir ne le sait que trop bien. Entre une certaine exhaustivité indispensable et le souci de ne pas noyer le lecteur moyen dans des écrits réservés aux seuls érudits, celui-ci parvient à parfaitement exposer la nature et les sources de la discorde à l’intérieur d’une communauté que le Prophète s’était escrimé à unir. Plongeant plus en avant dans le monde particulièrement complexe des chiites, Sfeir ne se contente pas d’exposer : il décrypte les tenants et les aboutissants de cette confrontation sans fin qui connaît ces dernières années un nouvel épisode brulant. Car, à force de parler de choc des civilisations, on en aurait presque oublié qu’il existe bel et bien une guerre DE religion à l’intérieur même du monde musulman.

Hervé Pugi

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