Casbah : un chef d’oeuvre en péril

par Hervé Pugi.

Longtemps réputée pour ses ruelles tortueuses, la Casbah d’Alger interpelle désormais par ses habitations torturées. Classé au patrimoine mondial de l’Unesco en 1992, le centre historique de l’ancestrale Al-Djaza’ir tombe en ruine année après année. Au regard d’une telle insalubrité, il devient urgent d’agir. Un plan de sauvegarde existe, tout comme son financement (26 milliards de Dinars). Il ne manque plus qu’à passer des paroles aux actes. 

Surpopulation, squats, dégradations extrêmes, constructions illicites et décharges à ciel ouvert, le rapport de l’Office de gestion et d’exploitation des biens culturels quant à l’état actuel de la Casbah a tout d’une impitoyable litanie. Si cette vieille dame respectable a longtemps résisté aux outrages du temps, les humiliations infligées par quelques «indélicats» la menace aujourd’hui d’une disparition pure et simple. Et ce au grand dam de la grande majorité des Algérois, particulièrement attachés à «El-Marhoussa», qui voient le berceau de leur pays tomber en totale décrépitude.

Longtemps relégué au second rang des priorités, les autorités ne peuvent désormais plus se permettre de détourner le regard. Il faut agir. C’est dans cet esprit qu’un plan de sauvegarde a été adopté en février 2012. Objectif : restaurer et mettre en valeur les quelques 600 logements traditionnels existant encore dans lesquels s’entassent pas moins de 50 000 personnes, soit le double de la capacité d’accueil originelle. C’est là tout le noeud du problème. La question de la préservation de la Casbah se voit intimement liée au dossier brûlant en Algérie du relogement.

Une restauration et après ?

Evacuer les «indésirables» squatteurs et contraindre les quelques propriétaires récalcitrants à ouvrir leurs portes aux restaurateurs s’annoncent toutefois une rude affaire. C’est pourtant une nécessité. La grande spécificité de la Casbah réside effectivement dans son homogénéité d’ensemble. Impossible de travailler à sa restauration de manière parcellaire. La salubrité de chaque habitation est effectivement intimement liée à son environnement direct. Il convient dès lors d’agir de manière globale et concertée. De fait, les pouvoirs publics se sont arrogés le droit d’intervenir, de gré ou de force, jusque sur les propriétés privées. Une disposition toutefois compliquée à mettre en oeuvre.

Un volontarisme qui ne manque pourtant pas de faire débat. En effet, des voix s’élèvent contre la volonté affichée de reconstruire la Casbah à l’identique. Un plan sans vision globale ni modèle économique de développement selon ses détracteurs. A leurs yeux, les questions de l’emploi, de l’hygiène ou de la sûreté -entre autres sujets- n’ont pas été suffisamment prises en compte par le gouvernement. De fait, ceux-ci réclament l’adoption d’un projet concret bien plus qu’un énième plan de sauvegarde. Halim Faïdi fait parti de ces protestataires. Et, pour cet architecte-urbaniste chevronné, le constat est plus que clair : «il est grand temps de faire entrer la Casbah dans le 21e siècle».

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