Grande Mosquée : un gigantisme en question

par Hervé Pugi.

C’est ni plus ni moins la 3e plus grande mosquée du monde musulman -après celles de La Mecque et de Médine- qui devrait sortir de terre à Alger au second semestre 2015. Un projet pharaonique, estimé à plus d’un milliard d’euros, qui divise au plus haut point la société algérienne. Alors, legs à la nation ou caprice (ultime ?) du président Bouteflika ?

Si Alger regorge de chantiers (logements, universités, ministères…), jamais la capitale algérienne n’aura connu projet plus démesuré que celui de la Grande Mosquée. Djamaâ El Djazaïr, tel est son nom, s’annonce tout simplement hors norme. Quelques chiffres suffisent à s’en convaincre. Pas moins de 120 000 fidèles pourront ainsi se réunir dans les 12 bâtiments d’un sanctuaire qui abritera également une «Maison du Coran», un centre culturel islamique, un musée ou encore une bibliothèque de 2000 places dotée d’un million d’ouvrages. Le tout s’étendant sur une surface de 20 hectares.

Surtout, la Grande Mosquée -conçue par un cabinet d’architecture allemand- se veut comme le phare de l’Islam au Maghreb avec son minaret spectaculaire, le plus haut au monde, appelé à culminer à 265 mètres. De quoi éveiller une certaine fierté auprès des Algériens ? Rien n’est moins sûr. Si une certaine frange de la société salue un projet ambitieux et la réaffirmation de l’ancrage de l’Algérie dans la religion, d’autres -entre incrédulité et colère- le jugent tout simplement… mégalomane. De fait, le bien-fondé de Djamaâ El Djazaïr semble se perdre dans les méandres des préoccupations quotidiennes d’une population en attente de réalisations plus concrètes en matière de logement, de santé publique ou encore d’éducation.

Le fait du prince ?

Les autorités balaient ces critiques d’un revers de la main. Loin d’être un lieu de culte de plus, la Grande Mosquée est présentée comme un site touristique et culturel majeur dans le cadre du développement du pays. Pas suffisant pour faire taire les rumeurs qui bruissent dans les rues d’Alger. Pour beaucoup, la Djamaâ El Djazaïr de Mohammadia, située à l’est de la capitale, serait le fait du prince. Une réalisation expressément voulue par Abdelaziz Bouteflika lui-même. Un projet en forme de couronnement de ses longues années de gouvernance. Mais pas seulement. Le président aurait voulu par la même occasion damer le pion au voisin (et vieux rival) marocain en offrant un monument surpassant en tout point la Mosquée Hassan II, érigée à Casablanca en 1993.

Le débat fait donc rage entre partisans et détracteurs avec, en toile de fond, nombre de polémiques. Les milliers d’ouvriers chinois s’ébrouant sur le chantier font parler, surtout dans un pays qui compte plus de 10% de chômeurs. La menace sismique relevée par certains scientifiques pose également question. Même si toutes les précautions auraient été prises à en croire les autorités. Enfin et surtout, à qui s’adresse cette Grande Mosquée ? Dans une ville où les fidèles ont leurs habitudes, personne n’imagine 120 000 croyants braver les embouteillages monstrueux d’Alger pour converger vers la majestueuse Djamaâ El Djazaïr.

 

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