Maroc : le bon plan ?

par Hervé Pugi.

Lancé en 2008, le « Plan Maroc Vert » (PMV) –visant à lutter contre la faim et la malnutrition- semble tenir toutes ses promesses. Un succès en tout cas salué par l’Organisation des Nations Unies (ONU). Il faut dire que les objectifs fixés auraient été atteints avec deux années d’avance ! De quoi s’attirer les louanges du directeur général de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Jose Graziano da Silva, qui cite le royaume chérifien en exemple. Du côté de Rabat, pas question de s’endormir sur ces lauriers. On compte bien poursuivre les efforts entrepris en matière de développement durable…

C’est à Rome, le lundi 16 juin, que le ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime, Aziz Akhannouch, a reçu un prix décerné par les Nations Unies pour féliciter le Maroc de ses « progrès remarquables » dans le domaine de la lutte contre la faim. Un thème important pour l’institution onusienne qui avait fait de cet enjeu le premier de ses huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

77 000 emplois créés…

En l’espace de tout juste cinq ans, le PMV a bénéficié de quelques 55 milliards de dirhams (soit près de 4,9 milliards d’euros) issus d’un double financement public/privé. Une somme qui devrait atteindre 66 milliards à l’horizon 2015. Il résulterait de cet investissement massif, selon les informations communiquées par le Ministère de l’Agriculture, une multiplication des exploitations. De 200 000 en 2008, leur nombre serait passé à 1,7 million en 2013 avec pour effet principal une hausse de 43% de la production agricole. Du coup, les exportations auraient progressé de manière exponentielle -+55% en 5 ans- pour atteindre 26 milliards de DH contre 14 précédemment. Dans le même temps, la superficie totale des terres cultivables serait passée de 450 000 hectares à 8 millions.

Loin de se contenter d’ouvrir l’accès à la terre au plus grand nombre, le plan élaboré par le Maroc aurait également permis d’accroitre le niveau de mécanisation, notamment en développant les mécanismes d’irrigation. Si le recours aux tracteurs aurait triplé et l’utilisation de semences bondit de 50% dans la même période, une attention spécifique aurait été accordée à la question de l’irrigation. Ce que confirme le ministre lui-même : « ce programme est une réponse aux défis de la raréfaction des ressources en eau et de la valorisation des ces ressources de plus en plus rares. » Concrètement, une politique d’économie d’eau a été érigée en priorité. L’idée étant de passer d’un système d’irrigation dispendieux vers un goutte-à-goutte des plus économes. Pour Aziz Akhannouch, aucun doute, le Maroc a déjà « changé la face de son agriculture et posé les fondements d’un nouvel ordre agraire ».

Bien évidemment, les retombées annoncées -d’un point de vue socio-économique- sont des plus encourageantes. Si le Produit intérieur but agricole aurait connu une nette embellie (+32%), c’est surtout dans le domaine de l’emploi que les avancées seraient les plus probantes : +23% pour quelques 77 000 emplois permanents sécurisés. Autre conséquence non négligeable, la disponibilité alimentaire par habitant aurait augmenté de quelques 14% durant ces cinq années. Une amélioration qui attend confirmation dans les prochaines années. Du côté Marocain, on ne doute en tout cas pas du bien-fondé de la stratégie « solide, intersectorielle et intégrée (qui) repose sur le long terme et ambitionne une agriculture durable et innovante pour être compétitive et socialement intégrée », dixit le ministre.

Satisfecit de la part de l’ONU

« La mise en œuvre de ce plan explique pour une grand part la réussite du Maroc dans sa lutte pour la réduction de la sous-alimentation, en renforçant le rôle de l’agriculture dans le développement durable du pays », a commenté Jose Graziano da Silva. Et le directeur général de la FAO de préciser que « la réalisation d’un tel objectif revêt une importance majeure dans la mesure où il a été atteint deux ans avant la date fixée ». Un satisfecit qui fait du Royaume chérifien un véritable exemple aux yeux des institutions internationales. Jose Graziano da Silva est d’ailleurs formel : « Il n’y a aucun doute que le Maroc pourra offrir une contribution significative à d’autres pays de l’Afrique en matière de développement de l’agriculture. Partager les expérience et expertises présente un intérêt considérable et des opportunités réelles pour les pays qui pourraient ou voudraient s’en inspirer. »

Un optimisme forcené auquel n’adhère toutefois pas tout le monde. A l’image de l’économiste Najib Akesbi. Pour le chercheur de l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat, tout ceci ne serait qu’une « grosse manipulation de chiffres pour une énorme opération de communication ». L’enseignant est formel, le Plan Maroc Vert fait fausse route en prônant « une agriculture à deux vitesses qui s’inscrit dans un modèle productiviste digne des années 50 ». Celui-là même qui avait montré ses limites dans les contrées européennes. Et Najib Akesbi d’enfoncer le clou : « le PMV ne présente aucune notion de sécurité alimentaire, il programme surtout l’insécurité alimentaire ! »

Des critiques qui laissent de marbre dans les couloirs ministériels. Le discours y est clair : le moment est maintenant venu pour le Maroc de consolider cette dynamique en travaillant sur différents projets. Les secteurs de la « Recherche & Développement » mais aussi de la formation agricole apparaissent ainsi comme des axes prioritaires. Et ce afin de garantir l’essor d’une agriculture modernisée. Une évolution qui passe aussi par un désengagement progressif de l’Etat et une responsabilisation accrue des différents acteurs du monde agricole, qu’il s’agisse de petits producteurs comme de géants de l’agro-industrie. En ce sens, pas moins de six agropoles devraient voir le jour dans différentes régions alors qu’une nouvelle tranche, la quatrième, de 20 000 hectares va être dédiée à des projets d’envergure limitée.

Bio en Tunisie : couleur et saveur locale !

Dans un pays où le secteur agroalimentaire représente 3% du PIB national, l’agriculture biologique apparaît comme un débouché prometteur. La Tunisie l’a bien compris et occupe dorénavant une fort enviable 2e place au palmarès des pays exportateurs de produits bio du continent africain. Ce qui le place au 24e rang mondial en terme de valeur. Son fer de lance n’est autre que l’huile d’olive, seuls l’Espagne et l’Italie peuvent se prévaloir d’une plus grande capacité de production.

Estimée à 400 000 hectares actuellement, dont 90 000 sont occupés par les seuls oliviers, la superficie des terres consacrées à l’agriculture biologique devrait théoriquement atteindre 500 000 hectares en 2016. De quoi accroitre un volume, déjà fleurissant, atteignant actuellement 250 000 tonnes par an.

L’olive mais pas seulement…

Des produits « bio » qui commencent à peser de tout leur poids dans les exportations. De fait, 80% des produits « bio » partent vers l’étranger. Pour la seule année 2014, ceux-ci ont tout de même rapporté la bagatelle de 120 millions de dinars tunisiens (soit près de 52 millions d’euros).

Outre les olives (et leurs dérivés), les dattes biologiques tunisiennes se sont imposées sur les étales mondiales puisque pas moins de 68% des quelques 6 000 tonnes récoltées ont quitté le pays. Un exemple de diversification d’un produit purement local qui devrait être suivi très prochainement par la mise en valeur de la figue de barbarie.

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