Ouganda : le modèle bio fait recette

Avec près de 300 000 hectares agricoles exploités sous certification biologique, l’Ouganda fait figure de précurseur sur le continent africain en matière de développement durable. Un choix mais surtout une réussite particulièrement intrigante alors que de nombreux observateurs et spécialistes en tout genre prévoient pour l’Afrique un destin passant inexorablement par la culture des très discutés Organismes génétiquement modifiés (OGM). Du coup, l’excellence ougandaise est scrutée de très près, même si des menaces planent désormais sur ce modèle de développement…

Loin d’être une nouveauté en Ouganda, l’agriculture biologique s’inscrit dans une logique économique à part entière. De fait, si certaines entreprises commerciales se sont pleinement lancées dans l’aventure du bio dès 1994, la grande majorité des petits agriculteurs ougandais n’ont eu d’autre choix que de transformer une contrainte en un avantage comparatif.

Et pour cause, le faible accès aux intrants chimiques (engrais, produits phytosanitaires, activateurs ou retardateurs etc.) n’a laissé d’autre opportunité à l’Etat ougandais que de donner une orientation spécifique à sa politique agricole. De fait, nombre de mesures ont été prises afin d’effectuer la grande transition d’une production conventionnelle à une agriculture biologique. Avec l’objectif premier, assumé, de subvenir aux besoins de la population sur la durée.

21% des exportations « bio » africaines

Une réussite au final puisque le pays se classait dès 2003 au 13e rang mondial et se retrouvait même leader en Afrique au regard des superficies cultivées (+60% en dix ans). De quoi surtout permettre à l’Ouganda de se lancer dans l’exportation (ananas, gingembre, vanille etc.). Pour une récolte qui avoisinerait les 23 milliards de dollars ! Un profit nettement supérieur à celui qu’aurait pu espérer retirer le pays en cas de production conventionnelle. Au final, l’Ouganda pèserait 21% dans le total des exportations africaines dans le monde en matière de bio.

Echapper au diktat des marchés agricoles mondiaux et ses soudaines fluctuations, tel est l’un des avantages (actuels) de la production biologique. A défaut de vendre de la quantité à un moindre prix, on écoule de la qualité en nombre limité mais pour des tarifs pouvant être de 150 à 300% supérieurs au cours des marchés des produits conventionnels. Un profit important.

Productivité accrue, croissance autoentretenue et développement du marché, agriculteurs et industriels du bio ont pu compter sur le soutien de l’Etat ougandais et de certains de ses voisins qui ont su encadrer le développement de cette activité par une réglementation en bonne et due forme. Des normes ont ainsi été clairement définies et retravaillées au fil des ans pour offrir aux acteurs de ce secteur agricole toutes les chances de se développer et de s’imposer sur ce nouveau marché. Le tout sans perdre de vue l’objectif initial, se conformer au plan d’action pour l’élimination de la pauvreté (PAEP) mis en place par la Banque mondiale.

Une banane OGM en 2020 ? Une crainte réelle…

Si le compte est bon, financièrement parlant, la démarche se veut également des plus vertueuses. La méthode de travail, proche des us traditionnels, permet effectivement de limiter l’érosion des sols mais aussi de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère (-64% par hectare).

Toutefois, tout ne tourne pas si rond dans le petit monde du bio en Ouganda. Les assauts du géant américain des OGM, Monsanto, et de ses alliés semblent avoir créé une véritable brèche dans la bonne volonté affichée par les pouvoirs publics. Certains essais actuellement menés pourraient ainsi conduire, à l’horizon 2020, à la production de bananes dopées en Vitamine A, dont la carence provoquerait chaque année entre 650 000 et 700 000 décès dans le monde. Une avancée pour les uns mais une vraie marche arrière pour les autres. D’autant plus qu’un avant-projet de loi sur la sûreté et la sécurité biologique -qui légaliserait l’importation et l’usage des OGM- serait à l’étude du côté de Kampala.

De quoi provoquer la colère des nombreux experts locaux, à l’image de Patrick Rubaihayo, chercheur à l’Université Makerere, pour qui « nous ne devrions même pas parler d’introduire des OGM dans le pays. Nos sols sont assez fertiles pour produire de la nourriture en quantités suffisantes pour la population et avoir des excédents à exporter dans le monde. »

Le débat ne fait que commencer…

texte publié dans le magazine 54 États : http://www.54etats.com

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