L’Algérie, destination confidentielle

par Hervé Pugi.

Un climat avantageux, des paysages aussi variés que majestueux avec, notamment, plus de 1 600 kilomètres d’un littoral ouvrant sur la Méditerranée, l’Algérie a tout pour devenir un géant du tourisme. Et pourtant, avec tout juste 964 000 visiteurs recensés (sur les quelques 2 700 000 entrées aux frontières) en 2013, le pays a bien du mal à se faire une place au soleil aux côtés des grands spécialistes du secteur dans la région que sont la Tunisie et le Maroc.

« Le plus grand pays du Maghreb se classe en bas du classement en matière de parts du secteur touristique dans le PIB et occupe la 111e place sur 184 pays, loin derrière la Tunisie (49e) et le Maroc (38e)  ». Le constat est sans appel et il émane du très sérieux Conseil mondial du tourisme et du voyage (WTTC). Un jugement -certes un peu technique- mais qui reflète bien la situation actuelle d’un secteur d’activité aussi crucial que porteur, longtemps délaissé, qui peine à prendre son envol.

Clairement, le tourisme algérien a été une des victimes collatérales de la décennie noire du terrorisme traversée par le pays au cours des années 90. Pendant que l’Algérie se coupait du reste monde, les voisins tunisiens et marocains ouvraient leurs portes en grand aux visiteurs de tous horizons. Au programme, farniente au soleil, fêtes à gogo et découverte d’un patrimoine habilement mis en valeur entre deux plongeons dans la Méditerranée. Résultat, le Maroc fait désormais plus que flirter avec les 10 millions de touristes en 2013 alors que la Tunisie post-révolution a atteint pour cette même année l’objectif qu’elle s’était préalablement fixée, à savoir retrouver ses 7 millions de visiteurs (contre 6 millions l’année précédente). Des chiffres qui ont de quoi faire rêver du côté de bien des Wilayas algériennes qui, de l’aveu général, ne manquent pas d’atouts…

Une sous-exploitation que reflètent particulièrement certains chiffres avancés par le Ministère du tourisme lui-même. Ainsi, seuls 20% des 90 à 98 000 lits marchands disponibles en Algérie répondraient aux standards internationaux usuels. Un bilan qualitatif et quantitatif famélique. Plus encore aux regards des données énoncées par les voisins : le Maroc recense pour sa part officiellement 207 000 lits (dont plus de 100 000 dans des établissements classés 3 étoiles ou plus) quand on peut en compter près de 240 000 –dont 75% dans les normes- du côté de la Tunisie. Une offre élargie qui ne fait toutefois pas tout. Le Maroc comme la Tunisie peuvent effectivement également compter sur l’expertise et le professionnalisme de chaînes hôtelières de renom qui ont investi les lieux voilà longtemps. Sans parler de vols low-costs –inexistants vers l’Algérie- qui ont plus que jamais ouvert ces destinations au plus grand nombre.

Un manque à gagner…

Les Algériens eux-mêmes ne s’y trompent pas puisqu’ils sont un peu plus de 2 millions à fuir à l’étranger pour les vacances, dont plus de la moitié vers la seule Tunisie. Un mouvement de masse qu’un voyagiste algérien décrypte avec lucidité mais non sans une certaine amertume : « Ce que nos compatriotes trouvent ici, aujourd’hui, n’est pas tout le temps bon. Ils vont donc chercher ailleurs. L’Algérien qui part en vacances cherche la qualité des prestations. Or, jusqu’à présent, on lui a trop souvent réservé un accueil incivique et rébarbatif, des établissements à l’hygiène douteuse et des plages saturées. C’est normal qu’il aille voir du côté de la Tunisie, du Maroc ou encore de la Turquie ! » Plus encore qu’attirer le monde jusqu’à Alger ou Oran, la relance du tourisme domestique s’avère un objectif majeur.

Un manque à gagner évident pour une Algérie en quête de débouchés économiques alternatifs à la seule exploitation des hydrocarbures. Avec moins de 500 millions de dollars de recettes en devises, l’activité touristique représente tout juste 3% du PIB national. Une aberration de l’aveu même de nombreux experts pour qui les potentialités algériennes apparaissent tout simplement énormes. Un enjeu de taille qui n’a pas échappé aux décideurs politiques qui ont perçu les avantages à retirer d’un tel développement. Construction, formation, services… Indéniablement, l’industrie du tourisme pourrait générer des retombées conséquentes en matière d’emplois comme d’économie. Plutôt appréciable dans un pays où la jeunesse est confrontée à un chômage endémique.

Objectif 2030 !

Des décideurs néanmoins bien conscients des lacunes actuelles de leur pays. « Nous voyons que nous sommes encore loin d’atteindre les objectifs fixés pour la mise en place d’une plateforme solide pour développer une destination touristique privilégiée capable d’absorber la demande intérieure et étrangère, et de transformer les immenses potentialités en produits touristiques attrayants et concurrentiels ». Un aveu qui a le mérite de la franchise. Un aveu, surtout, signé Nouria Yamina Zerhouni, fraichement nommée à la tête du Ministère du Tourisme et de l’artisanat.

Dans la foulée, madame la Ministre n’a pas manqué de s’inscrire dans la lignée de ses prédécesseurs en défendant le Schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT), lancé en 2008, visant à faire de l’Algérie une destination touristique à part entière à l’horizon 2030. « Nous avons inscrit, dans le cadre de la réalisation de structures touristiques, 746 projets, avec une capacité d’accueil de 64 384 lits supplémentaires. Ces projets devront créer 39 757 emplois. Le secteur du tourisme devrait lui-même prochainement créer quelque 930 000 nouveaux postes », a ainsi fait savoir l’ancienne wali de la wilaya d’Ain Temouchent. Des chiffres et des paroles qui doivent désormais se concrétiser sur le terrain. Pas le plus aisé puisque, du côté du ministère, on reconnaît connaître quelques difficultés à dégager le financement attendu pour assurer la viabilisation des Zones d’expansion touristique (ZET). Reste que la volonté est là, les capitaux existent, il s’agit surtout maintenant de faire preuve de patience et d’abnégation !

Paru dans « Le Courrier de l’Atlas » (Juillet-Août 2014)

http://www.lecourrierdelatlas.com 

Ils sont des milliers d’Algériens à prendre la route du sud, chaque année, pour fêter la nouvelle année ou simplement s’éloigner des grandes villes surpeuplées bordant la Méditerranée dès lors que l’hiver (puis le printemps) pointe le bout de son nez. Ils auraient ainsi été pas moins de 127 000, d’après le Ministère du tourisme, à se délecter des paysages de Ghardaïa, Béchar, Adrar, Illizi ou Tamanrasset lors du dernier trimestre 2013. Le Sud ? Un atout majeur du tourisme algérien !

Toutefois, à en croire Bachir Djeribi, président du Syndicat national des agences de voyages d’Algérie, les touristes étrangers n’affluent plus vraiment dans le Grand Sud. Ils n’étaient ainsi que 6 000 à avoir fait le déplacement entre octobre et décembre, soit 30% de moins que l’année précédente. Pourtant, la demande existe selon ce directeur d’agence. Problème, « la délivrance du visa peut prendre jusqu’à deux mois. De quoi dissuader ces voyageurs de venir visiter notre pays. On ne peut pas être concurrentiel dans de telles conditions ! »

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