Clandestins : France, terre de transit

par Hervé Pugi.

N’en déplaise à certains, la France n’est pas la terre promise fantasmée pour les migrants politiques et les réfugiés économiques de tous horizons. Si la présentation du dernier rapport, dévoilé fin octobre par l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex), met en lumière la résurgence d’une immigration massive vers l’Union européenne, le document bat en brèche nombre de préjugés sur la provenance et la destination de ces voyageurs déshérités. Loin de tout cliché…

Les images de 2 000 à 2 300 clandestins, survivant dans l’indigence la plus totale, aux abords du port de Calais ne doivent tromper personne. Ces naufragés de la vie sont en transit vers les côtes britanniques. Là où, pensent-ils, l’herbe est plus verte. Elle l’est assurément… pour un bétail d’une tout autre nature. Plus encore depuis que David Cameron, Premier ministre du Royaume-Uni, a durci les législations relatives à l’entrée et au séjour sur le sol national. Une tendance forte partout en Europe.

Le cas de Calais comme celui de la frontière franco-italienne laissent transparaître deux problématiques claires pour l’Union européenne (UE) et la Communauté internationale dans son ensemble. La porosité des frontières du Vieux Continent, d’une part, et une situation politico-économique désastreuse à ses abords plus ou moins directs, d’autre part. Sur ce dernier point, la responsabilité de l’UE, comme d’autres, n’est pas moindre.   Les chiffres, forcément partiels, communiqués par Frontex quant au nombre d’entrées illégales au sein de l’Union en 2014 ont de quoi donner le vertige. Ils seraient largement plus de 100 000 à avoir « pris d’assaut » la forteresse Europe, dont près de 69 000 durant le seul second trimestre de l’année écoulée. Un pic qui dépasse ce qui avait été observé au plus fort des révolutions arabes de 2011.

Au regard des demandes d’asile déposées dans chaque pays, indicateur le plus pertinent d’analyse bien qu’imparfait, la tendance paraît nette : la France n’a plus franchement la « cote ». Dans leur long chemin vers l’exil, les migrants mettent désormais généralement le cap en direction de l’Allemagne ou la Suède. Et si le Royaume-Uni tente de maîtriser le flux des entrants, la destination reste particulièrement prisée. Pourquoi un tel détournement de l’Hexagone ? La situation économique du pays ne laisse tout simplement entrevoir aucune perspective réjouissante.

La France laxiste ? Pas vraiment…

Alors, la France pillée par des hordes de clandestins ? Une frange de la classe politique française, entre populisme, extrémisme et opportunisme, a une fâcheuse tendance à l’affirmer avec force et autorité. Un chiffre suffit pourtant pour faire taire ces cris d’orfraie quant au laxisme (supposé) de l’          État, notamment sur l’épineuse question du droit d’asile. L’administration rejetterait ainsi 83 % des demandes déposées. Par comparaison, le taux européen s’établit à… 66 %.

Mais d’où viennent-ils ces migrants ? Syriens, Érythréens, Afghans, Somaliens ou Russes, entre autres, tels sont ceux qui composent majoritairement la légion des 400 000 demandeurs d’asile recensés d’une année sur l’autre. Pour la France, ils proviennent de l’Albanie, du Kosovo ou de la République démocratique du Congo. Les ressortissants de ces trois pays représentent ainsi près de 25 % du total des dossiers examinés. Avec le résultat que l’on connaît. Bien évidemment, il y a tous les « autres ». Ceux qui « courent dans la nature » sans la moindre intention de se faire connaître ou recenser. De l’aveu de bien de spécialistes sur le sujet, on retrouverait ces « vrais » clandestins dans la même proportion que leurs camarades d’infortune connus des services de l’immigration. Et leur objectif ne serait guère différent : rallier au plus vite un territoire où la communauté d’origine est fortement implantée. Au regard des nationalités listées précédemment, ce sont bien d’autres cieux que ceux de la Normandie, du Rhône ou de la Creuse qui sont visés.

Repère : Frontex 

L’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (Frontex) a été créée par le règlement du Conseil du 26 octobre 2004. Elle exerce ses responsabilités depuis le 1er mai 2005. La création de cette agence répond à l’exigence d’améliorer la gestion intégrée des frontières extérieures des États membres de l’Union européenne.

Située à Varsovie, en Pologne, l’agence est un organisme de l’Union européenne. Elle est indépendante en ce qui concerne les questions techniques et est représentée par son directeur exécutif, Ilkka Laitinen.  Pour remplir ses missions, Frontex bénéficie de moyens financiers octroyés par la Communauté, soit 89 millions d’euros environ en 2014. Les États membres mettent à disposition de l’agence des moyens matériels et humains : navires, hélicoptères, avions patrouilleurs, experts, garde-frontières, etc.

Frontex travaille en liaison étroite avec d’autres partenaires de la Communauté et de l’UE chargés de la sécurité aux frontières extérieures (Europol, Cepol et l’Olaf), de la coopération douanière et de la coopération en matière de contrôles phytosanitaires et vétérinaires, afin de promouvoir la cohérence générale.

Encadré : Opération Triton

Lancée le 1er novembre, l’opération Triton a pour vocation d’optimiser la surveillance des frontières européennes en Méditerranée. Huit pays sont pour l’heure impliqués : l’Espagne, la France, la Finlande, l’Islande, la Lituanie, Malte, les Pays-Bas et le Portugal. Supervisée par les autorités italiennes, Triton bénéficie de l’appui de 21 navires, quatre avions, un hélicoptère et pas moins de 65 officiers. Tout ce dispositif, dans un système de rotations, patrouille entre le sud de la Sicile et de l’Italie. Le tout pour un budget mensuel de 2,9 millions d’euros. Surtout Triton se substitue à l’opération Mare Nostrum, jusque-là gérée par la seule Italie. En l’espace de 12 mois, confrontée à l’arrivée massive des réfugiés sur son sol, la marine italienne a procédé au sauvetage de 150 000 personnes et l’arrestation de 351 passeurs. En revanche, plus de 3 300 migrants ont trouvé la mort dans leur fuite vers l’Europe.

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