Kenya/CPI : Kenyatta en chevalier blanc !

par Hervé Pugi.

Le mercredi 8 octobre a vu, pour la première fois de l’Histoire, un chef d’État en exercice comparaître devant la Cour pénale internationale (CPI). Accusé de « crimes contre l’humanité », Uhuru Kenyatta, président du Kenya, s’est présenté devant les juges lors d’une conférence de mise en état qui a abouti à un… ajournement indéfini. La route vers le non-lieu s’ouvre en grand pour Kenyatta face à une CPI plus impuissante et contestée que jamais.

Uhuru Kenyatta a surpris son monde le 6 octobre dernier en annonçant devant « son » parlement qu’il répondrait favorablement à la convocation de l’institution judiciaire basée à La Haye (Pays-Bas). Tout en prenant la décision, forte, de déléguer ses pouvoirs à son vice-président, William Ruto. Lui-même poursuivi pour les mêmes faits, comme une trentaine d’autres personnes. Un désistement temporaire que le président a tenu à justifier devant les parlementaires : « Rien dans ma position ou dans mes agissements en tant que président ne justifie ma présence devant la Cour. Donc à tous ceux qui s’inquiéteraient du fait que ma présence lors de l’audience à La Haye (…) puisse compromettre la souveraineté de notre peuple ou bien qu’elle constitue un précédent, du fait de la présence d’un chef d’État devant la Cour, soyez rassurés, ce n’est pas le cas. »

Si cette décision a fait son petit effet, il convient toutefois de souligner que, loin de tenter un improbable coup de poker, le président Kenyatta jouait en fait sur du velours du côté de la CPI. En effet, l’audience du 5 septembre, en l’absence du prévenu, avait vu la procureure Fatou Bensouda reconnaître qu’elle ne disposait pas d’éléments suffisants pour mener à bien son accusation. Plus encore après les rétractations successives de nombreux témoins, intimidés et réduits au silence, selon des organisations des droits de l’homme, mais aussi par la non-communication (par les autorités kényanes) de certaines pièces jugées majeures.

Entre symbole et camouflet

Côté coulisses, certains n’hésitent plus également à parler de pressions diplomatiques de la part de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Londres et Washington verraient ainsi d’un bon oeil le duo formé en 2011 par les anciens rivaux, Uhura Kenyatta et William Ruto. Un gage de stabilité dans une Afrique qui en manque souvent cruellement. Paradoxal si l’on se souvient que le camp occidental n’avait pas manqué de soutenir en 2013 l’opposant Raila Odinga, partie prenante dans les violences de 2007 et nullement inquiété par de quelconques poursuites.

Du coup, la comparution d’Uhuru Kenyatta devant la CPI peut apparaître comme un véritable… non-événement. Derrière le symbole d’un président en fonction rendant des comptes devant des juges se profile un camouflet. En effet, la Cour a permis au président kényan de ressortir blanchi et grandi de cette courte escapade en terre néerlandaise. Le bourreau présumé est finalement rentré au pays auréolé du statut de héros de la lutte africaine contre cette institution judiciaire si décriée. À raison. Et tant pis pour les victimes de la crise de 2007…

 

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