Soudan du Sud : Retour en enfer !

par Hervé Pugi.

Dernier né des États africains, le Soudan du Sud a progressivement sombré dans une guerre civile dévastatrice. Entre massacres et famine, ce pays riche de son pétrole compte désormais ses morts par dizaines de milliers. À ce triste bilan viennent s’ajouter les innombrables victimes d’exactions en tout genre. Par ailleurs, le chiffre de 1 861 millions de déplacés (au 14 août) a été avancé par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Face à cette tragédie, les multiples médiations conduites depuis plusieurs mois par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) n’aboutissent qu’à des engagements immédiatement… bafoués. Le tout sous les regards fébriles de grandes puissances dont les intérêts dans la région divergent.

Un « gouvernement d’union nationale », voilà le souhait clairement formulé pour le Soudan du Sud par l’IGAD à chacune de ses réunions. Un voeu pieux, assurément, tant la situation semble inextricable dans ce pays ravagé par les combats. La tentative (présumée) de coup d’État du 15 décembre 2013, à l’encontre du président en exercice Salva Kiir par les fidèles de l’ancien vice-président Riek Machar, a entraîné cette jeune nation dans une lutte fratricide entre les ethnies Dinka qui trustent les responsabilités étatiques et Nuer. Du règlement de compte politique à la guerre civile, il n’y avait qu’un pas que les belligérants ont franchi allègrement.

Directeur de la division Afrique de l’ONG Human Rights Watch, Daniel Bekele témoigne du chaos régnant au Soudan du Sud et dénonce avec vigueur ce que certains n’hésitent plus à qualifier de génocide : « Les violences dans des villes comme Bentiu, Bor et Malakal ont consisté moins en des combats entre forces belligérantes qu’en meurtres ciblés de civils qui étaient dans l’impossibilité de fuir, ainsi qu’en pillages et destructions généralisés. Les attaques ont laissé des villes détruites et en grande partie désertées, jonchées de corps de femmes, d’enfants et d’hommes. Le tout entraînant des déplacements massifs ainsi que la faim. » Paroxysme de l’horreur, près de 500 cadavres d’enfants auraient été découverts dans des fosses communes à proximité de la localité de Bor.

Des enfants martyrs…

Les mineurs, une source de préoccupation majeure pour l’Union africaine (UA) et tout particulièrement pour Julia Sloth-Nielsen. La représentante du Comité sur les droits de l’enfant de l’UA dresse ainsi un constat alarmant : « L’impact actuel des conflits sur les enfants est plus élevé que dans l’ensemble de la période de vingt-deux ans au cours de laquelle la guerre d’indépendance était en cours. » Enrôlés dans les armées, massacrés, violés, les plus jeunes paient ainsi un lourd tribut à la folie de leurs aînés. Sans parler d’un futur qui s’annonce bien sombre pour les quelque 11 millions d’habitants que compte le pays. Et Daniel Bekele de prévenir : « les crimes perpétrés (…) auront des incidences sur plusieurs décennies. »

Les calamités habituelles sont venues se greffer aux atrocités de la guerre. Le choléra s’est propagé durant l’été dans les camps de réfugiés où s’entassent des populations démunies et privées de toute hygiène élémentaire. La famine menace également. Selon l’UNICEF, près d’un tiers des Sud-Soudanais est touché par la faim alors que 235 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition sévère. Un véritable cauchemar pour un pays dont le sol regorge, paradoxalement, de ressources pétrolières conséquentes.

Sur fond de rivalité sino-américaine ?

L’or noir, un trésor qui brûle les doigts et attire, évidemment, bien des convoitises. Comme souvent sur le continent africain, plus que regarder les flammes, il convient aussi de chercher qui souffle sur les braises. L’ombre de Khartoum plane malgré les dénégations du (désormais) peu fréquentable Omar el-Béchir. Certains observateurs avisés, eux, n’hésitent pas à pointer du doigt les États-Unis, pourtant grands initiateurs du référendum du 9 janvier 2011. Mais quel intérêt aurait la superpuissance américaine à entraver la stabilité d’un pays qu’elle a ardemment soutenu dans sa lutte pour l’autodétermination ?

« Mettre la main sur la manne pétrolière », répondent en coeur ces experts, plus ou moins patentés. Le tout en rappelant que si la Maison-Blanche s’est pleinement engagée dans la cause du Soudan du Sud, c’est bien la Chine qui, par un investissement économique massif, s’est imposée comme le premier partenaire de Djouba. Et ce au point de « s’approprier » les champs de pétrole tant convoités aux dépens de… Washington.

Alors, faut-il voir une lutte d’influence sino-américaine derrière le conflit entre Dinkas et Nuers ? Ce paramètre non négligeable ne saurait toutefois être l’unique explication aux évènements actuels. De fait, les deux pays s’activent en coulisses pour résoudre le conflit. Si antagonisme et guerre économique il y a, ces grands rivaux ont tout intérêt à voir la situation se stabiliser rapidement. Les Chinois veulent récolter les fruits de leurs investissements alors que les Américains se doivent de sauver la face après avoir fait de la création du Soudan du Sud leur « triomphe diplomatique africain » après le fiasco somalien. Autant de considérations bien éloignées des préoccupations vitales des populations civiles sud soudanaises.

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