Nigeria : le grand bluff de Jonathan

par Hervé Pugi.

Malgré son doux prénom, Goodluck Jonathan ne semble pas forcément vouloir faire confiance à sa seule bonne étoile pour remporter le prochain scrutin présidentiel au Nigeria. Prévue pour le 14 février, l’élection devait finalement se tenir le 28 mars. Une annonce faite à tout juste une semaine de la première échéance. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir…

Les États-Unis sont « profondément déçus ». En langage diplomatique, il faut voir dans cette formule – aussi policée soit-elle – une véritable colère (rentrée) de Washington. Plus encore après que cette décision ait été prise quelques jours après un passage éclaire de John Kerry à Abuja, fin janvier. L’occasion pour le secrétaire d’État américain de faire passer le message que la première puissance mondiale attendait des élections « libres, non violentes et crédibles ». Ce dernier qualificatif a son importance : pas de fraude comme en 2011.

Comment comprendre cette soudaine volte-face du président sortant ? Du côté de la Commission électorale nationale indépendante (INEC), le bon sens doit avant tout primer. « Si la sécurité du personnel, des électeurs, des observateurs électoraux et du matériel électoral ne peut pas être garantie, la vie de jeunes hommes et femmes innocents ainsi que la perspective d’élections libres, justes et crédibles seraient grandement compromises », explique ainsi son président Attahiru Jega. Évoquer des problèmes de sécurité au Nigeria revient plus prosaïquement à aborder la problématique Boko Haram, qui sème la terreur dans l’extrême nord-est du pays.

 

Report sécuritaire ou politique ?

Assurément, le grand rendez-vous électoral du 14 février représentait une incroyable opportunité pour la secte religieuse de frapper les esprits en lançant de multiples opérations kamikazes à travers tout le pays. Difficile de dire le contraire. Pour autant, la situation sera-t-elle différente le 28 mars prochain ? Comme ont pu le faire remarquer nombre d’experts et d’acteurs de la scène politique ou civile nigériane, Goodluck Jonathan pense-t-il sérieusement réduire à néant en six semaines une menace qui endeuille le pays depuis six longues années ? Dur à croire, même si le conseiller à la sécurité du président se veut catégorique, la date « ne sera pas changée à nouveau ».

La raison de ce report pourrait être bien moins noble que le seul désir d’épargner des vies humaines. Les observateurs avertis l’affirment : l’opposant et très controversé Muhammadu Buhari, qui concoure sous l’étiquette du Congrès progressiste (APC)  a de réelles chances de s’imposer. Le pouvoir, avec lui le Parti démocratique populaire (PDP), ne chercherait ainsi qu’a gagner du temps et, surtout, des voix. Pas forcément un bon compte à en croire Mohammed Kiary, chercheur à l’Université Modibo Adam. Interrogé par nos confrères de RFI, l’universitaire l’affirme : « je ne vois pas en quoi ces six semaines vont changer les choses. Il n’y a pas beaucoup d’électeurs indécis au Nigeria, les positions se sont déjà cristallisées des deux côtés. Ceux qui soutiennent Buhari ne vont pas voter Jonathan le 28 mars ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s