Abdel-Raman Dirar : « Nous ne comprenons pas ces sanctions… »

réalisé par Hervé Pugi.

Entre la perte du Soudan du Sud, la crise de la dette et l’embargo américain, l’économie soudanaise a connu des années particulièrement mouvementées. Pour évoquer ces différents dossiers, Scribouille est parti à la rencontre du ministre d’Etat de l’Économie et des finances, Abdel-Raman Dirar.

Scribouille : Après de longues années d’embargo, quel est l’état de l’économie soudanaise ?

Abdel-Raman Dirar (A.-R. D.) : Cet embargo a démarré en 1997 et il reste effectif de nos jours. Il a très clairement un très mauvais impact sur tous les secteurs. Il n’affecte pas seulement le gouvernement mais c’est surtout le peuple qui en souffre. Nous ne sommes pas autorisés à faire appel aux institutions financières pour acheter des médicaments, des équipements ou de la technologie. Le secteur industriel est également touché. Comme vous le savez, l’argent est indispensable à toute activité. L’économie soudanaise ne manque pas de ressources mais, sans financement, celles-ci restent sous-exploitées. Beaucoup de gens frappés par la famine sont venus à Khartoum. Ces déplacés n’ont ni travail ni revenu. Ils ont tout perdu et cela pose des problèmes de sécurité.

Scribouille : Quel est l’impact réel de la perte des revenus pétroliers à la suite de la sécession du Soudan du Sud ?

A.-R. D. : Nous avons perdu plus de 80 % de nos devises étrangères. Nous avons abandonné plus de 50 % de nos recettes. Nous espérions, après la sécession, la fin de l’embargo. Malgré l’affaiblissement de notre économie, sans avoir reçu la moindre aide des institutions internationales, les sanctions ont perduré. Notre économie est vraiment impactée.

Scribouille : Est-ce que l’accord du « zéro option » conclu en 2012 a été respecté par la communauté internationale ?

A.-R. D. : L’accord a été accepté mais, sur le terrain, il n’a pas été respecté notamment par les Américains. Ils ne se sont pas tenus à ce qui avait été convenu. Les gens espéraient, après cet accord, accéder à une stabilité politique et sécuritaire, sans sanctions américaines. Ils pensaient que tous les problèmes économiques seraient résolus. Mais, malheureusement, c’est tout l’inverse qui s’est produit.

Scribouille : Paradoxalement, la perte des revenus pétroliers  a permis au Soudan de diversifier son économie. Des secteurs comme l’agriculture, l’élevage ou l’exploitation minière peuvent-ils assurer la prospérité du pays ?

A.-R. D. : Oui. L’économie soudanaise est riche. Nous avons des atouts tels que d’immenses terres agricoles, un bon climat. Nous possédons une réelle expertise, mais le problème du secteur agricole réside dans le financement ! Nous n’avons pas accès aux institutions financières pour apporter les financements aux intéressés. Toutes nos industries sont à l’arrêt. Même les Soudanais expatriés font face à des problèmes. Ils doivent s’acquitter de gros frais pour transférer leur argent à leur famille.

Scribouille : Les dernières années ont été marquées par une inflation galopante. Quelle politique a été mise en place pour contrecarrer ce problème ?

A.-R. D. : Le gouvernement s’efforce de gérer notre devise dans un contexte économique très difficile. Nous avons établi un programme de réformes. L’objectif majeur de ce programme est de conserver une stabilité économique tout en permettant une vraie croissance du PIB. Et ce, afin de le redistribuer géographiquement et économiquement.

Scribouille : Comme beaucoup de pays, le Soudan fait face au problème de sa dette publique extérieure. Comment jongler entre de nécessaires investissements et l’exigence de remboursement de vos créanciers ?

A.-R. D. : C’est impossible avec l’embargo et c’est là la principale problématique des sanctions américaines. Nous satisfaisons à toutes les exigences du HIPC, en tant que pays endetté, mais en raison de l’embargo notre dette ne peut être allégée. Techniquement, nous avons tout fait. Il n’y a aucune raison logique pour justifier ces sanctions ! En vertu des réglementations internationales, ces sanctions devraient se restreindre à quelques secteurs, elles devraient être limitées dans le temps et conditionnées. Mais, en réalité, nous faisons face à une sanction sans fin !

Scribouille : Votre souhait est de restaurer des relations économiques entre le Soudan et le reste du monde ?

A.-R. D. : C’est notre intérêt et nous sommes ouverts à cette idée-là. Nous ne comprenons pas le pourquoi de ces sanctions. Chaque pays est libre de faire ce qu’il pense juste politiquement. Pour moi, il serait normal que l’embargo soit levé. Nous sommes un pays institutionnel, pacifique et particulièrement civilisé. Vraiment, nous ne comprenons pas ces sanctions…

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