Libye : quand les experts « dézinguent » !

par Hervé Pugi.

Le rapport final du Groupe d’experts créé par la résolution 1973 du Conseil de sécurité a été remis au président du Conseil de sécurité des Nations unies. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les enquêteurs renvoient tous les protagonistes dos à dos…

« Le Groupe confirme… », « Le Groupe constate… », « Le Groupe estime… » Bref, les experts ont eu loisir de réaliser que la Libye était un bourbier innommable. Il suffit juste de jeter un coup d’œil sur les premières pages de ce pavé de 175 pages pour en prendre toute la mesure.

Sans surprise, les premières salves sont pour Ansar al-Charia et ses alliés qui mettraient « gravement en danger la paix ». Une étrange formulation tant le concept même de paix en Libye apparaît comme une sorte de désir désincarné. Dans la foulée, les experts enfoncent le clou en affirmant que « les attaques orchestrées par la Choura des révolutionnaires de Benghazi au cours de son mandat avaient pour but, du moins en partie, de soumettre Benghazi à une loi islamique stricte ». Un constat accompagné d’un avertissement explicite quant à « l’opposition violente » de ce groupe «  à toute autorité étatique non conforme à son idéologie religieuse ».

Dans l’échelle des critiques, Fajr Libya, bien que n’étant évidemment pas placé sur le même pied qu’Ansar, ne jouit guère de plus de considérations. Ainsi, le groupe d’expert n’a pas manqué de faire remarquer que les attaques menées par les miliciens de Misrata et leurs appuis « qu’il s’agisse d’actions ciblées ou de violences aveugles, avaient fait des dégâts matériels et institutionnels considérables et provoqué la mort de nombreux civils. » Et le rapport d’ajouter que « plusieurs personnalités de premier plan de ce mouvement se sont, en outre, rendues coupables de violations graves des droits de l’homme ».

Du pain bénit pour le pire ennemi de Fajr, le dénommé Haftar ? Pas certain au regard des remarques distillés ici ou là sur l’opération « Karama » (Dignité). Ainsi, pour les rapporteurs, ceux qui y ont pris part « ne peuvent, non plus que leurs opposants, être considérés comme les représentants d’une armée officielle ». Quant à l’initiative elle-même (« apparemment une tentative de coup d’État ratée »), aucun doute, elle aurait « provoqué une escalade des violences, heureusement contenue ». Quant à la personne du Général, souvent présenté comme l’homme providentiel du pays, l’ONU apprendra (si elle ne le sait déjà) que derrière le discours antiterroriste, « Karama  nourrissait sans doute des ambitions plus grandes que de sécuriser Benghazi. Khalifa Haftar, le chef incontesté de l’opération, avait auparavant tenté de perturber le processus politique ».

Clairement, la Libye est loin d’être sortie de l’ornière…

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