Daech ? Une machine à cash !

par Hervé Pugi.

« Les États-Unis ne pourront défaire l’État islamique par la seule force militaire », voilà un constat étonnant, surtout venant de la part d’un général… américain. En l’occurrence, John R. Allen, émissaire spécial du président pour la Coalition contre l’État islamique. Un état de fait partagé par le Congressional Research Service (CRS) qui a publié, mi-avril, un étonnant rapport intitulé Islamic State Financing and US Policy Approaches. L’occasion de découvrir un groupe terroriste à l’innommable barbarie parvenu à se structurer comme une véritable entreprise…

Il est loin le temps où Oussama Ben Laden, du fond d’une grotte des environs de Tora Bora, faisait passer ses messages délirants via des cassettes VHS de mauvaise qualité. Clairement, tout le monde a un peu tout dit sur les « superproductions » estampillées Daech qui, intérêt pour le moins scabreux, affolent la toile depuis maintenant trop longtemps. Reste que si les George Lucas du prétendu djihad font le « buzz », il en faut toutefois bien plus pour financer les actions, exactions en vérité, d’Abou Bakr al-Baghdadi et ses troupes.

Carla E. Humud, analyste des affaires africaines et du Moyen-Orient, Robert Pirog, spécialiste de l’économie énergétique, et Liana Rosen, experte dans le domaine de la criminalité internationale liée aux narcotiques, se sont penchés sur les sources de financement de Daech. Pour en arriver à des constats particulièrement détonants. Si les combattants de l’État islamique sont souvent perçus comme des bêtes sauvages, force est de constater que certains de ces loups n’ont rien à envier à ceux qui ont fait de Wall Street leur tanière. Au point de faire prospérer leur business de manière exponentielle en un laps de temps record. Ainsi, le document du CRS se veut formel : d’un million de dollars généré chaque mois par le groupe en janvier 2009, la même somme était thésaurisée – chaque jour – cinq ans plus tard !

 

Pétrole et antiquité, les mamelles du terrorisme ?

Alors, certes, cela a été dit, répété, martelé : l’État islamique n’a rien d’un État et ne représente en rien l’islam. Si le second point ne se discute pas, il n’en est pas de même quant au premier. De fait, Daech a poussé son organisation (criminelle) à un haut degré de sophistication, usant de la diversification de ces activités (illégales) pour s’approvisionner en espèces sonnantes et trébuchantes. Le tout avec un art maîtrisé de la gestion qui a permis au califat de valider un… budget de 2 milliards de dollars pour l’année 2015 avec l’espoir de dégager un excédent de 250 millions.

Concrètement, l’État islamique lutte sur plusieurs fronts économiques à la fois. Le pétrole, maintes fois évoqué, n’est ainsi qu’une manne parmi tant d’autres. Majeure toutefois, même si – hors de tout circuit – la ressource pétrolière est quelque peu bradée. Il a ainsi été rapporté, relatent nos experts, que « le pétrole de l’État islamique a été vendu 18 $ le baril à la frontière turque alors que le cours du Brent affiché 107 $ ». La dépréciation des tarifs des produits pétroliers, avec une chute de moitié depuis juin 2014, n’aurait de fait pas arrangé les affaires des commerciaux de Daech. De là à affirmer que le tout a été orchestré pour en arriver à affaiblir le califat…

Une autre source importante de revenus est le trafic d’antiquités. D’un côté, des barbares fracassent des vestiges immémoriaux. De l’autre, certains ont compris le profit qu’il y avait à en tirer. Entre propagande idéologique et pragmatisme économique, l’équilibre est parfait. Pas question de faire l’impasse sur les 100 millions de dollars annuels, selon des officiels américains, que rapporterait ce commerce illicite qui aboutirait… en Europe. En outre, certains témoignages laissent à penser que des fouilles, plus ou moins sauvages, auraient toujours cours sur le territoire des terroristes qui prélèveraient une taxe de 20 à 50 % auprès des équipes d’excavation. Quand ils ne gèrent pas tout le réseau de contrebande eux-mêmes…

Mais si l’État islamique fait aujourd’hui fructifier son capital, c’est qu’il a débuté dans les affaires avec un joli magot. À en croire le Trésor américain, ce n’est pas moins d’un demi milliard de dollars, en liquide, qui serait tombé dans l’escarcelle du califat en 2014. Des fonds récupérés dans les coffres des banques des villes conquises. Il faut ajouter à ce gangstérisme tout naturel les 33 à 45 millions de dollars, selon les Nations unies, rançonnés dans le même temps dans le cadre de l’activité lucrative de l’enlèvement. Rien de bien étonnant comme on ne sursaute guère en découvrant que les auteurs du CRS pointent du doigt certains donateurs, a priori des particuliers, issus des monarchies du Golfe ou de pays européens.

 

Combattant de l’EI ? Rentable…

En sus, fort de ses possessions territoriales, l’État islamique a su se muer en véritable percepteur d’impôts. Cheminer sur les routes du califat ? Rien d’impossible. « Des chauffeurs ont rapporté avoir versé entre 200 et 1 000 $ pour transporter des marchandises en échange d’un laissez-passer ». Les commerces ? Les pharmacies de Mossoul reversent entre 10 et 35 % du prix des médicaments vendus alors que, du côté de Racca, 20 $ sont récoltés tous les deux mois auprès des commerçants au titre de la fourniture d’électricité ou de l’eau. Étudier a aussi un prix : de 22 à 65 $ selon son niveau scolaire. Enfin, certains membres de la communauté chrétienne d’Orient ont expliqué les alternatives s’offrant à eux : se convertir à l’islam ou payer la jizya, censée leur assurer la sécurité. Le prix ? De la moitié d’une once d’or pure à quelques dollars versés chaque mois. Les Yazidis, considérés comme polythéistes, la pire des mécréances, n’ont pas cette « chance ». Plus surprenant encore, les fonctionnaires syriens et irakiens seraient autorisés à récupérer leur dû hors des frontières du califat, moyennant une commission allant jusqu’à 50 % du salaire. Et voilà quelques centaines de millions d’euros qu’il faut ajouter aux 360 millions de dollars récupérés annuellement du fait des taxes, extorsions et saisies d’actifs.

De quoi financer de généreux salaires pour ses combattants : de 400 à 600 $ par mois lorsque le salaire minimal en Syrie s’établirait actuellement entre 68 et 103 $. Et des combattants du Front al-Nosra de l’affirmer : leurs frères et cousins « combattent pour l’État islamique car ils paient mieux ». Tout bêtement…

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