Gambie : l’improbable président Jammeh…

par Hervé Pugi.

Il est assurément difficile de faire plus fantasque que Yahya Jammeh. À la tête de la Gambie depuis le 22 juillet 1994, cet ancien officier a une fâcheuse tendance à conduire son pays selon ses humeurs du moment. Des frasques, parfois risibles, le plus souvent dramatiques car il s’agit bien là d’un homme qui préside au destin de quelques 1,8 millions de Gambiens…  

Le 30 décembre 2014, profitant d’un déplacement privé du président à Dubaï, l’ancien capitaine de l’armée gambienne, Lamine Sanneh, tentait (et loupait) un coup d’État contre Yahya Jammeh. Ou plus exactement à l’encontre du Cheik Professeur El Hadj Docteur Yahya Abdul-Aziz Jemus Junkung Naasiru Deen Jammeh. Assurément un « coup d’épée dans l’eau ». Quoi de plus normal quand on s’en prend à celui qui s’est autoproclamé « roi qui défie les rivières » ? Voilà en tout cas qui positionne le personnage…

Ce presque quinquagénaire, lui-même parvenu au pouvoir après un coup d’État, paraît progressivement sombrer dans une forme d’absolutisme inconsidéré. De démences affirmeront certains. C’est en tout cas ce que laissent entrevoir ses prises de position au cours des dernières années. Faut-il ainsi revenir sur les « prescriptions » de 2007 ? L’omniscient Jammeh se mue en guérisseur et affirme pouvoir traiter l’asthme et… le SIDA grâce à de simples décoctions de plantes accompagnées d’incantations. Puis, témoignages de ministres à l’appui, le président marabout annonce avoir trouvé le remède miracle pour venir à bout de l’hypertension artérielle.  Le tout a été homologué par le ministère de la santé !

Mais le président de la Gambie a d’autres traitements dans sa pharmacie personnelle. Bien plus radicaux. En 2008, il réclame le départ immédiat du pays de tous les homosexuels sous peine de « devoir leur couper la tête pour nettoyer la société gambienne ». Cette autre maladie qu’est une presse libre et indépendante, pour sa part, a été éradiquée depuis bien longtemps. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à une quelconque opposition finit invariablement en quarantaine. Derrière les barreaux.

 

« Zappé » par la CEDEAO…

Le même Jammeh, qui avait annoncé à la BBC qu’il resterait au pouvoir « des milliards d’années » si tel était la volonté de Dieu, a toutefois sa propre solution pour réguler la surpopulation carcérale. En tout cas, en ce qui concerne les couloirs de la mort. Après quasiment trois décennies sans exécution, neuf prisonniers sont mis à mort en septembre 2012. Pour la plupart des opposants politiques à en croire Amnesty International.

Les droits de l’Homme, celui qui aimerait autant se saper en cow-boy en privé que porter le boubou en public n’en a cure. Au point de menacer publiquement ceux qu’il accuse de vouloir « déstabiliser le pays ». Et peu importe les injonctions britanniques, le président aux quatre mandats claque la porte du Commonwealth fin 2013 et décrète, fait du prince, le remplacement de l’anglais par l’arabe en tant que langue officielle en mars 2014.

Un sentiment de toute-puissance forgé par une incroyable baraka qui lui aurait permis d’échapper à plusieurs tentatives d’assassinats et d’innombrables putschs. Ce fils de lutteur ne confirme ni n’infirme. Il se contente de cultiver une aura de mystère qui le rend d’autant plus populaire auprès d’un large pan de la population. Une popularité guère partagée sur le continent. En mars 2014, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est passée outre son règlement interne pour éviter de confier sa présidence, tournante, au fantasque « roi qui défie les rivières ». Autant dire que ceux-ci ne se sont pas faits un ami…

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