Russie : « l’empire » contre-attaque ?

par Hervé Pugi.

« L’empire du mal », la formule choc tirée d’un discours de 1983 de l’ancien président des États-Unis Ronald Reagan est ancrée dans toutes les mémoires. Une terminologie forte pour définir le « péril rouge », alors représenté par la défunte URSS, en opposition au monde dit « libre » conduit par l’Oncle Sam. Près d’un quart de siècle après la chute de l’Union soviétique, certains relents de la guerre froide parcourent toujours l’actualité. Ainsi, selon une présentation largement relayée, la Russie s’enfoncerait encore et toujours plus du « côté obscur de la Force ». Il serait peut-être temps de rétablir certaines vérités sur la question…      

Vladimir Poutine n’est sûrement pas un chic type. Pas du genre en tout cas à partager un burger avec Barack Obama dans un fast-food d’Arlington, Virgine. Bref, Vladimir Poutine n’est pas Dimitri Medvedev, si présentable président du gouvernement russe et éphémère président de la Russie (entre 2008 et 2012) qui ne faisait qu’appliquer la politique de… Poutine. « Tsar de toutes les Russies » ou « descendant direct de Staline », l’ancien directeur du FSB s’est vu attribué à peu près tous les héritages possibles, n’échappant surtout à aucune caricature. Poutine est assurément un sale type, pas un responsable politique qui défend les intérêts de sa nation. Vraiment ?

« Depuis la fin de la guerre froide, dans une logique de stratégie de reflux, les États occidentaux affichent une méfiance endémique à l’égard d’un pays désespérément perçu comme l’héritier de l’URSS », témoigne Jean Géronimo, chercheur à l’université Grenoble 2. Celui qui est également l’auteur de « La pensée stratégique russe » l’affirme, l’Occident et la Russie s’opposent désormais dans une « guerre tiède. Une guerre froide actualisée, avec moins d’idéologie, recentrée sur le contrôle des États stratégiques sur un plan politique mais aussi énergétique. » Et le meilleur exemple serait l’Ukraine, au cœur de l’actualité depuis des mois. Dès 1997, Zbigniew Brzezinski, politologue américain d’origine polonaise, développait dans son ouvrage « Le grand échiquier » l’idée que l’Ukraine était un « pivot stratégique » que les États-Unis avaient tout intérêt à contrôler. D’où les développements récents ?

 

Moscou n’acceptera jamais ça !

C’est ce que pense en tout cas Jean Géronimo pour qui « la stratégie anti-russe est attestée par les tentatives régulières de cooptation des anciennes républiques de l’URSS, au moyen d’innovations politiquement orientées telles que le « Partenariat oriental » avec l’Union européenne (UE) ou le « Partenariat pour la paix » avec l’OTAN et, plus récemment, « l’accord d’association » de l’UE avec l’Ukraine. » Avec des visées très claires à en croire cet expert sur les questions de la pensée économique et stratégique russe : « ces innovations politiques développent l’idée d’un « voisinage partagé » et de valeurs communes, exprimant un droit d’ingérence occidental en périphérie post-soviétique, y compris en Ukraine. À l’échelle de la CEI, ces prérogatives politiques ne relèveraient donc plus du seul monopole russe et, en ce sens, menaceraient sa zone d’intérêts historique. »

Un agenda pour la région entamé dès l’effondrement du bloc soviétique. L’affaiblissement temporaire connu aurait ainsi été la condition permissive d’une intrusion dans les périphéries européenne et centre-asiatique de la Russie. « Moscou ne pourra jamais l’accepter. Tendanciellement, la puissance russe est désireuse de sanctuariser son « étranger proche » contre les velléités expansives occidentales », explique Jean Géronimo. Ce sentiment « d’encerclement » est d’autant plus prégnant que l’Occident, États-Unis en tête, ne manque jamais d’agiter le chiffon rouge des valeurs démocratiques pour « condamner la Russie et financer des ONG qui finissent par renverser un pouvoir légitime au profit de dirigeants ultralibéraux pro-américains. Les motivations de respect des droits de l’homme et de corruption invoqués sont à géométrie variable et ne servent en revanche à démettre personne en Arabie Saoudite, en Turquie ou en Azerbaïdjan… »

La dernière passe d’armes en date entre les puissants de ce monde date du 21 janvier. Lors de son discours sur l’état de l’Union, Barack Obama affirmait que les États-Unis se tenaient « forts et unis avec leurs alliés, tandis que la Russie est isolée et que son économie est en lambeaux ». Réponse de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères : « Les États-Unis ont pris le cap de la confrontation et veulent dominer le monde. Le discours d’Obama montre qu’au centre de la philosophie américaine, il n’y a qu’une chose : « nous sommes les numéro un » et tout le monde doit le reconnaître ». Du réchauffé que tout cela ? Pas franchement ragoûtant dans le cadre d’une guerre tiède…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s