Affaire Khalifa : grandeur et décadence d’un Golden Boy

par Hervé Pugi.

Rafik Khalifa a répondu devant les tribunaux des accusations de « vol », « association de malfaiteurs », « faux et usage de faux » portées à son encontre par la justice algérienne. Verdict : 18 ans de prison ferme, saisie de ses biens, et 10 000 euros d’amende. Fin de parcours pour ce Golden Boy longtemps considéré comme le symbole de la renaissance économique de l’Algérie après les années noires du terrorisme. Retour sur le destin hors norme d’un personnage flou.

Grandeur et décadence. Voilà deux termes qui résument bien la carrière météorique d’Abdelmoumène Rafik Khalifa. Fils de l’ancien ministre de l’industrie et de l’énergie Laroussi Khalifa, rien ne semblait pourtant prédestiner le natif de Bejaïa à connaître une telle destiné. L’étrange ascension de ce pharmacien de formation débute en avril 1998 par la création de la El Khalifa Bank. Une banque qui ne se contente pas de gérer les portefeuilles de petits actionnaires du secteur privé puisque, très vite, nombre d’institutionnels rattachés au gouvernement algérien vont compter parmi les plus fidèles clients de son groupe. Une proximité avec le premier cercle du pouvoir qui expliquerait pour nombre d’observateurs la réussite fulgurante, mais aussi la chute soudaine, de celui qui a toujours prétendu avoir financé ses activités sur ses deniers personnels. Bien qu’issu d’un milieu aisé, la soudaine opulence affichée par ce jeune homme, alors tout juste âgé de 32 ans, interpelle d’emblée.

Il n’en fallait guère plus pour alimenter la rumeur enflant dans les rues d’Alger et du pays tout entier. Homme de paille ou homme du sérail, les spéculations vont bon train. D’autant que la folle ascension de l’homme d’affaire s’accélère de manière prodigieuse. Bâtiment, immobilier, location de véhicules de luxe mais surtout télévision et transports aériens viendront se greffer aux activités du groupe Khalifa. Le tout constituant un véritable empire pour le moins inédit dans un pays où la main mise de l’État sur les affaires économiques a de tout temps été la règle. Pourtant, à toute insinuation quant aux liens supposés pouvant l’unir aux militaires et autres dignitaires du régime, Rafik Khalifa apportera toujours la même réponse : « je représente le peuple, les jeunes et les gens qui m’ont fait confiance ». De la même façon, ce dernier ne manquera jamais d’affirmer qu’il est l’unique actionnaire d’un groupe employant, à son apogée, près de 20 000 personnes, affichant un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars et une rentabilité nette de 20 %. Une réussite individuelle que d’aucuns jugent alors bien trop éclatante pour être crédible.

L’OM, Deneuve et Depardieu…

Surtout le businessman s’affiche et étale sa richesse aux yeux de tous : acquisitions de villas sur la Côte d’Azur, soirées jet-set, virées en jet privé… Rafik Khalifa ne s’interdit aucune extravagance et se paye le luxe de sponsoriser le grand Olympique de Marseille de Robert Louis-Dreyfus. En février 2002, une rencontre de gala entre la sélection nationale algérienne et l’OM est d’ailleurs organisée à Alger en présence de… Gérard Depardieu et Catherine Deneuve. Certaines sources ne manqueront pas d’affirmer que les deux « géants » du cinéma français auraient accepté l’invitation contre rétribution sonnante et trébuchante. Khalifa arrose et les vedettes se bousculent à sa porte. Ainsi marchent le business jusqu’au mois de novembre de la même année. Tout juste quatre années après le début de cette incroyable success-story, l’empire Khalifa vacille aussi brusquement qu’il avait émergé du néant. Des contrôles menés par les autorités algériennes révèlent un certain nombre de malversations. La Khalifa Bank se voit aussitôt placée sous tutelle administrative et les transferts d’argent gelés. La suite n’est qu’une longue et lente descente aux enfers. En février 2003, trois proches de Rafik Khalifa sont interpellés à l’aéroport d’Alger en possession de 200 000 euros en liquide. Dans la foulée, une procédure de liquidation judiciaire est mise en branle. L’affaire tourne au scandale, pas moins de 17 enquêtes sont ouvertes et le magnat décide de ne plus quitter Londres, où il a judicieusement décidé d’élire résidence dès octobre 2002.

Des soirées cannoises à la prison de Blida…

Parallèlement aux procédures lancées dans son pays, le parquet de Nanterre déclenche fin 2003 une information judiciaire pour « abus de confiance, banqueroute par détournement d’actifs, banqueroute par dissimulation de comptabilité et blanchiment en bande organisée ». Résultat, 5 ans d’emprisonnement. Des accusations qui conduisent à l’émission d’un mandat d’arrêt international. La justice britannique se saisit alors de l’affaire et interpelle Rafif Khalifa le 27 février 2007. Moins d’un mois plus tard, le businessman est condamné par contumace, en Algérie, à la réclusion à perpétuité. Dans la tourmente, Rafik Khalifa ne cesse pourtant de clamer son innocence, criant à une manipulation orchestrée par le président Bouteflika et ses proches. De fait, il ne fait désormais guère de doute que bien des « puissants » ayant « investi » dans l’ancien pharmacien ont quelques raisons de se plaindre de la gestion de leur ancien favori. Ainsi, le préjudice global de l’effondrement de l’empire Khalifa se chiffrerait à quelques 5 milliards de dollars !

Il aura donc fallu aux autorités judiciaires algériennes patienter plus d’une décennie avant de pouvoir interroger à leur guise l’ancien Golden Boy. Entendu par le procureur général en charge du dossier dès sa descente d’avion, Rafik Khalifa a longuement patienté derrière les murs de la maison d’arrêt de Blida. C’est désormais une certitude, l’avenir de Rafik Khalifa s’annonce désormais bien plus sombre que les fastes connus lors de ces quatre années de règne.

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