Pétrole : le Soudan touché mais pas coulé !

par Hervé Pugi.

Voilà près de quatre ans que le Soudan s’est vu amputé de ses territoires du sud. Un cas rare dans l’univers de la géopolitique qui a fait du principe d’intangibilité des frontières un véritable dogme. Une exception d’autant plus surprenante que Khartoum a vu la majeure partie de ses recettes pétrolières s’évaporer avec le Soudan du Sud. Comment se relève-t-on de la perte d’une telle manne ? Éléments de réponse de Makkawi Mohamed Awadh, ministre soudanais du Pétrole.    

Dans un pays frappé par les sanctions économiques, imposées par les États-Unis, il est savoureux de rappeler que l’histoire du pétrole au Soudan est intimement liée à une companie… américaine. C’est en effet Chevron qui, au tout début des années 80, avait mis en lumière le potentiel pétrolier du Soudan, avant de plier bagage. « Les sanctions ont débuté juste après », se souvient Makkawi Mohamed Awadh qui, au passage, explique qu’il ne comprend pas « jusqu’à maintenant pourquoi les Américains agissent ainsi… »

Ce que le ministre du Pétrole sait en revanche c’est que « tout allait pour le mieux », dans son secteur en tout cas, jusqu’à la création du Soudan du Sud en juillet 2011. Et pour cause, « 80 % du pétrole se trouve au sud », explique un ministre qui, loin de pleurer sur son sort, tient à mettre l’accent sur les avancées connues par son pays : « Cette année, la production devrait monter à 140 000 barils par jour contre 100 000 après la séparation. » Une augmentation significative qui va de pair avec une politique d’investissements permettant « un travail de prospection et de récupération » qui, assurément, porte ses fruits. Du coup, « si certains blocks déclinent, de nouveaux permettent de tirer la production vers le haut ».

Condamnés à s’entendre ?

Incontournable, le Soudan le reste. Pas seulement en sa qualité de pays producteur. Car si la quasi-totalité des ressources pétrolières est bien passée au sud, « les pipelines et les infrastructures sont en revanche bien restés au Soudan », s’empresse de préciser le ministre qui souligne que « le Soudan du Sud est un pays enclavé. Sans port ni même accès à la mer. Tout leur pétrole, mais pas seulement, passe par Port-Soudan ». De là à dire que les deux pays sont condamnés à s’entendre, il n’y a qu’un pas ! Pour autant, vous ne ferez pas dire à Makkawi Mohamed Awadh qu’il existe une quelconque tension entre le Soudan et son voisin : « nous travaillons en totale coordination avec mon homologue. Je me rends à Juba, il se déplace à Khartoum. Nous nous respectons ».

Aussi, n’allez surtout pas parler à M. Mohamed Awadh du projet de pipeline devant relier, notamment, le Soudan du Sud à Djibouti. Le ministre l’affirme, il n’est « au courant de rien quant à ce projet » et ne voit pas « pourquoi le Soudan du Sud voudrait de ce pipeline ». Pour le ministre, les bonnes relations tissées suffiraient à pleinement consommer une union que beaucoup présentent, tout au plus, comme un mariage de raison.

 

ENCADRÉ :

PRIX DU BARIL ? UN CASSE-TÊTE…

Pas besoin d’être un spécialiste pour savoir que le prix du baril de pétrole a connu une chute, aussi continue que vertigineuse, au cours des derniers mois. Impossible de ne pas interroger Makkawi Mohamed Awadh sur la question pour une réponse… paradoxale !

« De fait, pour le Soudan, la baisse des cours a des impacts, aussi bien positifs que négatifs. D’une part, depuis la sécession, notre seule production ne nous permet pas de satisfaire la demande intérieure. Nous devons importer et les prix bas nous sont donc favorables. D’autre part, les compagnies qui exploitent notre pétrole ont besoin de vendre leur production à un bon prix. Notamment car cet argent permet de financer les investissements indispensables. De ce point de vue, c’est une perte. »

Alors, baril à moitié plein ou à moitié vide ? À chacun de se faire une idée…

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