Tchad : la légitimité par les armes

par Hervé Pugi.

Idriss Déby n’a pas toujours eu bonne presse. Il est pourtant aujourd’hui dans les petits papiers de la plupart des grands dirigeants de la planète. Il faut dire que le Tchad s’est transformé en quelques années en gendarme de l’Afrique. Du Mali au Nigeria, en passant par la Centrafrique, l’armée tchadienne est incontournable. Tout sauf un hasard…

« Nous allons défaire Boko Haram. Nous allons détruire Boko Haram. Nous allons gagner, non pas la bataille, mais nous allons gagner la guerre totale contre Boko Haram, il n’y a pas de doute ! » Véritablement, il n’y a pas que sur le terrain des opérations que le Tchad dégaine l’artillerie lourde. Dans la guerre totale engagée contre Boko Haram, Abubakar Shekau – fou furieux meneur de la secte islamiste – a trouvé à qui parler en la personne d’Idriss Déby. De fait, celui qui gouverne le Tchad depuis près d’un demi-siècle l’affirme, si « l’Émir » «  refuse de se rendre, il va subir le même sort que ses camarades. » Voilà en tout cas qui a le mérite d’être clair.

Le Tchad « s’en va-t-en guerre ». Une nouvelle fois ! Ce militarisme forcené, grandement appuyé par la France, a ses raisons d’être. Un simple coup d’œil sur une carte de l’Afrique suffit à réaliser les tensions qui traversent la région. Au nord, le chaos libyen et la proximité avec le no-man’s land du Fezzan a de quoi inquiéter. À l’est, le Darfour voisin (au Soudan) a connu ses heures sombres. Au sud, la Centrafrique se débat avec ses démons (le Tchad est d’ailleurs l’un d’eux) alors que toute la façade ouest (entre le Niger, le Nigeria et le Cameroun) est confrontée à la menace Boko Haram. Un environnement ô combien hostile.

Un colosse aux pieds d’argile ?

Le moins que l’on puisse dire c’est que le président Déby aura su habilement tirer profit de ces risques sécuritaires bien réels. Dans une région secouée par de multiples crises, hors de question de mettre à mal la belle stabilité du Tchad. Du coup, au diable les critiques sur les droits de l’homme ou les manquements démocratiques ! Pour Paris, notamment, mais aussi pour d’autres, le désir est grand de voir le géant tchadien et sa « vaillante » armée prendre le leadership en Afrique Centrale. Et comment, pour les chancelleries occidentales, ne pas accéder à cette revendication après le rôle essentiel qu’a joué (et joue encore) N’Djamena sur le dossier du Nord-Mali ?

Un investissement tel, face à la démission ou la désertion d’une grande partie de la communauté internationale, qui a contribué à légitimer un pouvoir autrefois tant critiqué. L’Europe, en particulier, aspire à de la stabilité hors de ses frontières dans un contexte géopolitique qui la dépasse largement. Le Tchad apparaît comme l’un de ces pôles dans une sous-région en crise. Toutefois, la question se pose : ne sommes-nous pas confrontés une énième fois à un de ces fameux colosses aux pieds d’argile ?

Car, hormis sa puissance militaire, qu’a à offrir le Tchad ? Une économie autocentrée sur le pétrole, un modèle politique qui repose sur un seul homme et un leadership auquel n’adhère que du bout des lèvres les pays voisins. Le Tchad s’avère un précieux allié en temps de guerre. Qu’en sera-t-il lorsque l’heure de la paix aura sonné ?

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