Esprit communautaire à Umm Dawban

par Hervé Pugi.

Il faut s’extirper de Khartoum et s’échapper sur une quarantaine de kilomètres pour parvenir jusqu’à une petite localité comme il y en a tant d’autres au Soudan. Là, tout autour d’une sobre mosquée ouverte aux quatre vents, quelques mausolées aux tons chatoyants voient leurs silhouettes se dessiner sur un ciel d’un azur profond. Sous le soleil de plomb, seules quelques lancinantes psalmodies retentissent dans la langueur d’un moment comme il y en a tant d’autres. Petite balade au cœur de la confrérie Qadiriya Badiriya d’Umm Dawban.

Il suffit de quelques pas dans les allées de terres battues pour pénétrer au cœur de l’école coranique. Épicentre de la vie d’une confrérie soufie qui trouve ses racines dans la lointaine Irak. Agglutinés dans de petites salles obscures ou éparpillés, à même sur le sol sous de précieux préaux, plusieurs dizaines d’enfants et d’adolescents s’astreignent au long et fastidieux apprentissage du coran. Ils sont habituellement plusieurs centaines mais, à l’heure de la fournaise estivale, nombre d’entre eux ont rejoint leurs familles. Ceux qui n’en ont pas la possibilité poursuivent leur enseignement.

Le coran a beau être sacré, les plus jeunes composent avec les moyens du bord. Des feuillets déchirés et cornés passent de main en main, d’autres se penchent avec plus ou moins d’assiduité sur des planchettes en bois sur lesquelles ont été couchées les paroles transmises par le prophète. Accroupis, les yeux rivés sur leurs textes, qu’ils aient huit ou seize ans, ils répètent inlassablement les mêmes mots, imperceptiblement les mêmes phrases. Le tout en se balançant de haut en bas. « C’est du par cœur », reconnaît l’un des professeurs qui précise : « ils apprennent de la fin au début ! » Explication : les sourates se font de plus en plus courtes au fur et à mesure que l’on avance dans le coran. Ces étudiants viennent du Darfour, de Centrafrique, de Somalie ou encore du Tchad, entre autres pays. Des régions souvent en crise. Il convient de le souligner.

À Umm Dawban, ces jeunes trouvent surtout et avant tout un toit et une pitance. Gracieusement. Des conditions de vie modestes, presque spartiates, où chaque instant se partage avec son frère. Dans cet esprit communautaire, ouvert et bienveillant, la vie est invariablement rythmée par les cinq appels à la prière. L’apprentissage du coran meuble le quotidien et révèle quelques vocations. Ce que nous confirme l’un des cheikhs : « certains passent un an avec nous, d’autres restent un peu plus longtemps. Nous destinons à de plus grandes études ceux qui montrent un potentiel dans l’apprentissage mais surtout la compréhension du coran. Les autres reprennent le cours de leur vie… »

À la tombée de la nuit, toute la communauté se trouve réunie au pied de la mosquée. Assis en cercle, autour d’un bûcher, le temps s’arrête alors que le silence envahit le site. Les visages sont graves et fermés. Tous unis dans la même ferveur, entre méditation et recueillement. Soudain, le nom de Dieu retentit dans l’obscurité, repris en cœur par l’ensemble des fidèles. Un Dikhr lancinant psalmodié encore et encore de longues minutes durant jusqu’à ce que le silence enveloppe une nouvelle fois l’assemblée. Fin de la célébration. Si les aînés retournent vaquer à leurs occupations, les plus jeunes n’en ont pas terminé. Rangés en file indienne, à la modeste lueur d’un unique réverbère et des luminaires de la mosquée, les shebabs reprennent leur apprentissage. De bons étudiants que ces gamins pleins de vie ? Le verdict d’un professeur ne se fait pas attendre : « ça dépend mais, vous savez, ce sont des enfants… » Le temps de cet échange suffit à voir les dissipés. Dans le rang, les plus facétieux chahutent à coup de coran. Quoi de plus sacré que la jeunesse ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s