Algérie : « mieux vaut changer les règles du jeu que perdre la partie, non ? »

par Hervé Pugi.

Rencontre avec un ancien proche du « sérail » en Algérie. Désormais en retrait de la vie politique, il revient avec nous sur certains grands thèmes qui agitent l’actualité politique algérienne. Notre second volet de cet entretien aborde la question du « système ».

Plus que de simples bruits de couloir, la presse relate ponctuellement la guerre que se livrent depuis quelques années le tout-puissant Département du renseignement et de la sécurité (DRS) du général Mohamed Lamine Mediène, aka Toufik, et le clan du président Bouteflika. Le schéma habituel du « conclave des généraux », appelé par certains le « cabinet noir », habituel marionnettiste en chef faisant et défaisant les candidats à la présidence, volerait en éclat sous les coups de boutoir du pensionnaire d’El Mouradia. La fin d’un « système » ? Du « système », en fait, prévalant depuis l’indépendance ?

Voilà une interrogation qui ne peut être une affirmation à en croire notre interlocuteur : « il faut bien comprendre une chose. Le « système », en Algérie mais pas uniquement, c’est comme une cellule organique. Ça change, ça évolue. Dire c’est lui qui décide ! C’est lui qui gouverne ! C’est lui qui a le pouvoir à la place de l’autre ! Tout ça n’a aucun sens. Ce qui gouverne, c’est l’intérêt commun d’un groupe intéressé dont les membres sont bien souvent antagonistes. Ça tient parce que chacun a le doigt sur la gâchette et l’autre dans la ligne mire. Dans ces cas-là, personne ne tire ! Alors quand je lis que Bouteflika casse tout ça, je n’y crois pas. Il ne casse rien. Il bouge les lignes mais il sait où il doit s’arrêter. »

Le « ménage » actuellement mené par la présidence pour contrecarrer l’influence du DRS ne serait donc qu’un ajustement dans les rapports de force. Une révolution de palais qui n’aurait pas forcément une grande incidence sur la marche du pays et son avenir immédiat. En tout cas rien de fondamental. Explication : « les choses vont bouger car le « système » est vermoulu. Maintenant, ça ne signifie pas qu’il va s’écrouler. Il va juste s’adapter à une nouvelle donne. Les différents acteurs sont obligés de prendre ce risque : faire des concessions. Écoutez, beaucoup parlent de la Constitution de 1989 et l’ouverture qui s’en est suivie comme une tentative de transition. C’était juste une adaptation, jugée nécessaire, visant à maintenir le « système » mais sous une forme différente. Il n’a jamais été question de révolutionner le pays ! C’était juste un choix stratégique. La logique est simple : mieux vaut changer les règles du jeu que perdre la partie, non ? »  Et cet ancien du « Sérail » de citer la Chine comme référence en matière de mutation mais aussi de prévenir : « le DRS fini ? C’est ce qu’on disait du KGB après la chute de l’Union soviétique. Qui est finalement sorti du chapeau ? D’où vient Poutine ? Nous assistons là à une crise cyclique pas à un bouleversement décisif. »

Reste une inconnue. Où plutôt deux. Ceux qui apparaissent comme les clés de voûte du « système » actuel, Abdelaziz Bouteflika et le général Toufik, ne vont pas franchement en rajeunissant. 82 ans pour le premier, 80 printemps pour le second, voilà les âges qu’auront ces personnages en 2019, année de la prochaine présidentielle.  Eux qui auront marqué les dernières décennies de la politique algérienne. Plus que tout, la question de la succession est déjà ancrée dans tous les esprits. Il sera temps, dans notre prochain volet, d’évoquer la suite (possible) des événements et ceux qui pourraient tirer leur épingle du jeu…

À suivre…

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