Kamal Abd Elsalam : « l’opportunité de parvenir à une réconciliation »

par Hervé Pugi.

Voulu par le président el-Béchir, le dialogue national soudanais ne fait peut-être pas encore l’unanimité auprès de tous les protagonistes. Pour autant, les ouvertures sont bien réelles. C’est notamment ce qui a conduit le Popular Congress à rejoindre la table des négociations. Rencontre avec le chargé aux affaires politiques de ce parti de l’opposition, Kamal O.A. Abd Elsalam.

Face aux médias, les Soudanais – peu importe leur tendance – ont un souci. Lequel ? Le souci de replacer dans son contexte le passé et le présent (voire le futur) de leur pays, forcément intimement liés. Des réserves sur la gouvernance actuelle du Soudan, Kamal Abd Elsalam n’en manque pas. Pour autant, cet avocat qui se définit comme un « activiste politique » tient à faire un point historique sur les soubresauts qui ont prévalu depuis l’indépendance acquise en 1956.

« Lorsque les Britanniques ont quitté le pays, ils ne nous ont pas légué de Constitution, un socle pouvant régir les relations entre les différents Soudanais », regrette-t-il ouvertement. Accusateur, il fait le lien entre la présence britannique au siècle dernier et les troubles traversés depuis quelques décennies : «  la situation au Soudan du Sud, par exemple, est directement liée à la colonisation anglaise et à sa politique. Depuis le début, leur approche a été de séparer les Soudanais du nord et ceux du sud. Et ce pour s’assurer le contrôle des ressources naturelles… »

Diviser pour mieux régner, l’adage est populaire et il aurait parfaitement fonctionné, en tout cas pour assurer les intérêts de la couronne britannique. Un vide constitutionnel qui aurait eu comme incidence principale une instabilité politique ayant entraîné, notamment, de nombreux coups d’État militaires. Pas idéal non plus pour forger une identité nationale liant chaque Soudanais au gouvernement central de Khartoum.

Un sujet toujours d’actualité qui trouverait pourtant ses racines voilà plus d’un demi-siècle.  « Dès l’indépendance, explique Kamal Abd Elsalam, les deux principales forces politiques qu’étaient le Ummah Party et l’Unionist Party ont bénéficié d’un soutien sectaire. Leurs leaders étaient soutenus par des communautés. Pas pour un programme en faveur de tous les Soudanais mais pour leur appartenance à un groupe. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, nous voyons le tribalisme prévaloir un peu partout ! »

L’autre problème pour le Popular Congress a longtemps été Omar el-Béchir lui-même et les différents gouvernements qui se sont succédé durant plus de deux décennies. Cet opposant de longue durée a pourtant décidé avec ses camarades de prendre part au dialogue national souhaité par le Président. La raison évoquée apparaît évidente : « nous pensions que l’unique solution était un soulèvement de la rue, jusqu’à ce que nous constations ce qu’il advenait autour de nous, que ce soit le chaos en Libye, en Syrie ou au Yémen mais aussi avec la réinstauration d’un régime dictatorial en Égypte. Nous avons suivi tout cela de près pour en arriver à la conclusion que parvenir à un changement de cette manière n’est pas une solution envisageable ».

Voilà donc désormais Kamal Abd Elsalam propulsé membre du mécanisme du 7+7 devant conduire le dialogue national. Une participation active aux discussions que le chargé aux affaires politiques justifie par la bonne volonté affichée par le pouvoir : « par le passé, le gouvernement ne montrait aucune volonté de dialoguer. Aujourd’hui, nous ressentons une plus grande ouverture et le désir de trouver des solutions. Le Président lui-même a pris l’engagement, basé sur la feuille de route, de respecter les conclusions de ce dialogue national. Nous, les Soudanais, nous avons l’opportunité de parvenir à une réconciliation en réglant nos différends. »

Pas forcément l’avis de tous les protagonistes de la scène politico-militaire soudanaise. À ceux-là aussi, le membre du Popular Congress veut délivrer un message : « certains pensent que, d’une manière ou d’une autre, ils auront une chance de dissoudre les institutions. Ont-ils seulement réfléchi à quoi cela a conduit en Irak ? Je ne trouve pas raisonnable de leur part de refuser de s’asseoir pour discuter. Les problèmes qu’ils soulèvent trouvent leur place dans ce processus de dialogue national. Ils devraient donc mettre sur la table ce qu’ils ont à dire ! »

(avec Sandra Wolmer)

 

EL-BÉCHIR DEVANT LA CPI ?

« Nous sommes en plein dialogue national. Nous cherchons la réconciliation politique et nous n’acceptons pas que notre Président soit poursuivi par la Cour pénale internationale. En tant que Soudanais, culturellement, lorsque nous avons des désaccords entre nous, nous n’acceptons pas que des étrangers viennent s’en mêler. Nous avons notre propre manière de régler ça. Cela exclut toute intervention extérieure. »

 

SANCTIONS ÉCONOMIQUES

« Les sanctions économiques touchent plus le peuple que les gouvernants. Rien ne justifie cet embargo, plus encore au regard des réels progrès constatés au Darfour. Il n’y a pas de juste équilibre dans cela. Il y a beaucoup de lobbies, aux États-Unis particulièrement, qui veulent éliminer les gouvernements islamiques. Cela a sûrement pesé sur la décision. Pourtant, nous sommes un pays pacifique. Notre idéologie, islamique, s’oppose à l’extrémisme. Nous sommes des modérés… »

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