Le futur à Douar Hicher ? « C’est mal barré ! »

Le mardi 24 novembre un kamikaze se faisait sauter en plein cœur de Tunis. Douze membres de la garde présidentielle perdaient la vie dans cet attentat revendiqué depuis par Daech. Ce candidat au suicide s’appelait Houssem Abdelli, il aurait eu 27 ans le 10 décembre prochain. Un marchand ambulant du quartier populaire de Douar Hicher, à quelques encablures du centre de la capitale. Scribouille y a trouvé une jeunesse désabusée…

24 ans, un look à la Cristiano Ronaldo, son idole, Jawad a tout le temps pour parfaire sa connaissance encyclopédique du football. Et pour cause, celui-ci n’a « jamais vraiment travaillé ». Quelques petits boulots par ici, des « filouteries » par là, pas de quoi se bâtir une vie. Installé chez ses parents, il le reconnaît en se mordant les lèvres, le futur « c’est mal barré » pour lui. Ok, il a « déconné à l’école », passant plus de temps à traîner avec ses potes qu’à plonger le nez dans ses cahiers et livres. Toutefois, ce moment de contrition passé, il retrouve de son allant pour l’affirmer haut et fort : « en même temps, j’aurais fait quoi ici avec des beaux diplômes ? »

Naître à Douar Hicher lui apparaît comme une fatalité à laquelle on ne peut échapper. Jawad a sa vision de la Tunisie : « tu as tout ou tu as rien et puis quelques-uns au milieu. Nous, ici, on a rien ! » Et ne lui parlez surtout pas des lendemains révolutionnaires qui chantent : « c’est la même galère qu’avant » affirme-t-il avant de se lancer dans un inventaire : « les flics qui marchent au bakchich… Pas de travail… Pas d’argent… Rien à faire… La misère… »

Du coup, le quotidien apparaît bien glauque : « on traine, on boit des cafés. On fume des joints ou des cigarettes. On discute. De temps en temps, tu dépannes quelqu’un à sa boutique pour faire deux sous. Sinon c’est la débrouille… » Autrement dit, des petits vols qui – bout à bout – améliorent le quotidien. « Même quand ton père t’envoie faire deux courses, tu essaies de gagner sur la monnaie», concède-t-il un brin honteux avant d’ajouter « en même temps, même avec un peu d’argent, tu fais quoi ici ? Il y a rien pour faire du sport, pour t’amuser. On est oubliés ici, personne ne s’occupe de nous. Il y a juste quand ça manifeste que l’on voit les policiers arriver par cars entiers pour nous taper dessus. Le samedi soir ici, c’est carrément couvre-feu ! »

Pas question de nier le problème salafiste, « il y en a plein, oui », mais le sujet semble suffisamment sensible pour que Jawad ne tienne pas à s’étendre dessus. À peine osera-t-il lâcher que « certains sont des fous, ils parlent de la religion tout le temps, ils font peur. D’autres, tu sens qu’ils sont là-dedans mais qu’ils pourraient faire autre chose. Encore une fois, il n’y a rien ici ! » Du coup, comment perçoit-il l’attentat d’Houssem Abdelli ? L’acte d’un fou ou le geste d’un désespéré ? « Je ne sais pas. Certains ici te diront qu’il a bien fait. Pas parce qu’ils soutiennent Daech mais parce qu’ils ont la haine. Moi le terrorisme, la religion et tout ça, je préfère ne pas m’en mêler… »

Hervé Pugi

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