Badreldin Mahmoud Abbas : « Nous naviguons au milieu de ces sanctions… »

entretien par Hervé Pugi.

Sanctions, négociations, institutions, nous avons fait un petit tour d’horizon de quelques dossiers chauds qui encombrent le bureau du ministre des Finances et de l’Économie nationale Badreldin Mahmoud Abbas.

Scribouille : De quelle façon les sanctions économiques affectent l’économie du pays ?

Badreldin Mahmoud Abbas (B. M. A.) : Ces sanctions affectent notre économie de mille façons. Nous ne pouvons bénéficier des programmes à moyen terme proposés par les institutions financières internationales ou encore de leurs prêts à des conditions favorables. Notre accès au monde de la finance est extrêmement réduit. Tout a dès lors un coût particulièrement élevé. Cela fait peser un risque sur la souveraineté même de notre pays. C’est surtout un frein : que ce soit pour réduire le taux de pauvreté ou pour accéder à de nouvelles technologies. Le secteur privé lui-même est particulièrement touché. Vous n’imaginez pas les difficultés rencontrées pour transférer de simples fonds. Au final, ce sont surtout les plus modestes qui sont touchés.

Nous naviguons au milieu de toutes ces sanctions et nous parvenons malgré tout à obtenir quelques résultats. Notre croissance s’est améliorée. Tout comme le PIB qui semble évoluer de manière positive dans la durée. Bien entendu, cela serait plus simple sans cet embargo mais, au regard de la situation, nous faisons tout pour optimiser notre économie et nos relations avec nos partenaires commerciaux. En fait, tout cela ne fait que renforcer notre volonté de développer notre pays.

Scribouille : La question du Zero Option Agreement est toujours sur la table. Où en êtes-vous exactement ?

B. M. A. : Nous avons passé cet accord en 2012. Il était prévu que nous assumions le passif externe du Soudan du Sud en contrepartie d’un allègement de la dette de la part de la communauté internationale. C’était un engagement et cela devait se faire dans les deux ans. Une fois de plus tout cela a été torpillé par certains desseins politiques. Les États-Unis ont décidé de tourner le dos aux deux pays, pas seulement au Soudan. Nous en sommes toujours au même point après avoir perdu deux années puis deux de plus. C’est pourquoi nous avons demandé à la Banque mondiale son assistance technique, ses préconisations, car la situation actuelle est que nous sommes en attente d’un allègement de notre dette qui n’arrive pas ! Nous devons régler ce dossier.

Scribouille : Un autre dossier est celui de l’accession du Soudan à l’Initiative des pays pauvres très endettés. Pensez-vous que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international finiront pas accéder à votre demande ?

B. M. A. : Les choses sont finalement très simples : nous sommes dans notre bon droit car nous sommes membres de ces institutions. Pourtant, ils ne nous accordent aucune assistance financière significative. Nous souhaitons juste que ces institutions nous traitent équitablement, comme n’importe quel membre.

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Scribouille : Sur un autre plan, le Soudan a été retiré par le Groupe d’action financière (GAFI) de la liste noire des pays à risque quant au blanchiment d’argent ou au financement du terrorisme. Votre opinion ?

B. M. A. : C’est logique. Le Soudan a pleinement adopté les standards tels que définis par le GAFI. Nous avons pris ce problème à bras le corps en initiant une loi, en instituant un organe de contrôle, un comité de suivi, une unité de renseignement dédiée à la question. Bref, un ensemble de mécanismes pour déceler la moindre transaction suspecte.

Par ailleurs, nous échangeons aussi nos informations avec les autres pays. Demandez aux États-Unis ! Ils vous expliqueront que nous traitons avec eux, que nous les aidons et que nous coopérons pleinement, notamment sur le volet du financement du terrorisme. Ce n’est pas là un secret et ce n’est pas nouveau…

Scribouille : Pensez-vous que cette décision pourrait vous aider à sortir de votre isolation ?

B. M. A. : Partiellement. C’est, au moins, un point sur lequel on ne pourra plus nous « attaquer » ! Pour le reste, le problème reste le même. S’il n’y a pas une réelle volonté politique de la part de la communauté internationale de normaliser les relations avec le Soudan, la situation restera en l’état… Je le regrette.

Scribouille : Lorsque le Département d’État américain explique sur son site Internet que le Soudan « apparaît comme un marché attractif », pour les entreprises américaines opérant sous licence de l’OFAC, ou encore que le pays « est un marché au potentiel énorme », qu’est-ce que cela vous inspire ?

B. M. A. : C’est positif mais c’est surtout simplement la réalité ! Le Soudan a d’énormes ressources naturelles. C’est même l’un des pays les plus riches d’Afrique avec un fort potentiel agricole, des minéraux, du pétrole et tant d’autres choses. Tout ça est assez considérable ! C’est ce qui conduit certains jusqu’ici. Nous avons, par exemple, un partenariat fort avec la Chine et d’autres pays asiatiques. Des compagnies européennes partagent ce même désir de réaliser des affaires au Soudan. Le fait est qu’elles en sont « découragées ». Cette situation nous affecte mais, au final, la place laissée vacante par les uns encourage les autres à s’implanter et à tirer profit de leur présence au Soudan malgré les difficultés.

Scribouille : Selon vous, quelle répercussion pourrait avoir une levée des sanctions économiques américaines sur le Soudan ?

B. M. A. : La levée des sanctions permettrait un véritable essor de notre économie et les revenus tirés de ce développement profiteraient à tout le monde. On peut espérer que le taux de pauvreté plongerait de manière drastique. L’impact ne se limiterait toutefois pas qu’au Soudan. Les pays frontaliers y trouveraient également leur compte, sans parler de ces milliers de réfugiés qui arrivent jour après jour de toute la région et même de Syrie. Nous pourrions aussi être un pays-clé dans l’instauration d’un grand marché commun régional. En fait, je veux croire que la communauté internationale elle-même y trouverait un certain profit.

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