Union européenne : une symphonie inachevable !

par Hervé Pugi.

Il y a ceux que l’on envisage de mettre à la porte, les Grecs, et ceux que s’imaginent éventuellement la prendre, les Britanniques. L’Union européenne (UE), championne de l’élargissement tous azimuts, en est là de sa « construction ». fragilisé, l’édifice continental n’a cessé de se lézarder au fil des ans. Une évidence s’impose : à force de « pousser les murs », les fondations ploient dangereusement. Trop de monde dans la maison Europe ? Plus qu’une question légitime…

Il fut un temps où les écoliers européens n’avaient guère que douze capitales, familières, à placer sur une carte de ce qui était alors la Communauté économique européenne. Ça, c’était avant que la machine s’emballe, que le rideau de fer s’écroule et que l’idéal d’un continent en paix mute en un désir, jamais assouvi, de toute-puissance économique. De 12 en 1986, le nombre d’États membres a grimpé à 28 en 2013. Voilà désormais que l’UE négocie avec la Serbie, (re)discute avec la Turquie et lorgne vers une Ukraine jusque-là chasse gardée russe. Preuve ultime de l’attractivité de l’Union ! Oui mais, dans le même temps, les frontières s’hérissent de barbelés et les nationalismes flambent à nouveau. Drôle de triomphe !

À force de regarder toujours plus loin, c’est un fait, les Européens se sont eux-mêmes perdus de vue. À moins qu’ils ne se soient jamais trouvés en vérité. Une bonne fois pour toutes, une monnaie unique ne fondera jamais une identité ! N’en déplaise aux banquiers à la vue basse de Francfort. Aujourd’hui, l’horizon continental n’offre au regard du citoyen lambda qu’un immense marché commun sur lequel le seul sigle € règne en maître. Au diable les grands idéaux, ils ont été ensevelis sous une avalanche de mesures techniques douloureusement financées et allègrement subventionnées. De fait, cochons payeurs comme cochons qui s’en dédisent, tous grouinent en coeur pour traîner dans la boue le drapeau aux douze étoiles dorées auquel ils ont pourtant tant aspiré dans un passé plus ou moins proche.

L’identité européenne. Voilà la grande question. Plus encore en ces jours difficiles qui voient le « socle de valeurs », si cher aux représentants de l’institution,  voler en éclats. Le principe de solidarité entre les États n’a pas résisté à la vague des migrants. L’intransigeance allemande,  pourtant complice du méfait sur le dossier grec, a ravivé bien des stigmates et certains dirigeants à l’est, dévoilant leur âme restée toute soviétique, votent allègrement des lois liberticides. Quant aux « historiques », France en tête, ils en sont à dépoussiérer ce faux débat sur l’identité… nationale. Non sans y introduire un zeste acide de xénophobie qui fait le bonheur d’une extrême-droite, europhobe, porteuse du grand projet d’un retour à l’ordre ancien. À mettre dans le même sac, tout ce que le continent compte de régionalistes, ces nationalistes déguisés,  qui applaudissent à tout rompre une Écosse en rupture d’un royaume de moins en moins uni ou une Catalogne en passe de se débarrasser d’une autre couronne. En Belgique, la Flandre suit la même voie… Allez bâtir une Europe des peuples avec ça…

À y regarder de plus près, le Vieux Continent ne l’est par certains aspects finalement guère plus, par exemple, que la jeune Amérique. L’unité italienne ? 1871. Le démembrement de l’Autriche-Hongrie ? 1918. La fin de l’Espagne franquiste ? 1975. La réunification allemande ? 1990. Ce ne sont là que quelques marqueurs, non exhaustifs mais évocateurs, de la tortueuse histoire contemporaine continentale jalonnée de bouleversements politiques majeurs.  Entre alliances et mésalliances, idéologies et idéaux, fraternisations et discordes,  l’ADN des nations a connu mille mutations mais aucune n’a encore abouti à l’émergence du sentiment d’un destin commun qui lierait un Finlandais à un  Maltais et un Portugais à un Bulgare. De fait, le principe même de « citoyenneté européenne » a été réduit à la seule participation électorale (même si les référendums ne valent que s’ils vont dans le sens souhaité) et la simple obéissance à la loi.

Hier, l’Union européenne a envisagé de rendre ses drachmes à la Grèce. Sans que cela ne soit forcément perçu comme une tragédie du côté d’Athènes. Aujourd’hui, c’est la Grande-Bretagne – cette soliste talentueuse qui a toujours privilégié le God save the Queen à l’Ode à la joie – qui n’exclut pas de s’insulariser comme au bon vieux temps. En tout cas, ils seraient en ce moment une majorité de Britanniques à vouloir conserver comme unique lien avec le continent le seul tunnel sous la Manche. Comment pourrait-il en être autrement lorsque la convention de Schengen ou l’euro ne leur apparaît que comme une forme d’exotisme ? Que veulent-ils sinon la mort de l’Europe sociale et la reprise en main des frontières ? Il faut dire que la splendeur des Trente glorieuses est passée et la moribonde eurozone n’inspire rien aux partisans du Rule, Britannia. « Business prime! », hurlent ceux-là pour qui l’Union européenne ne serait donc qu’une affaire de gros sous. Qui pour leur rappeler cette devise : in varietate concordia ? Malheureusement, pas grand monde…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s