Ouganda : la caricature Museveni

par Hervé Pugi.

Jour d’investiture à Kampala. Trois décennies dans le rétroviseur et cinq années encore (au moins) à devoir cheminer vers un horizon qui ne semble rien offrir d’autre qu’une sensation de déjà-vu. Le destin de l’Ouganda reste donc irrémédiablement lié à celui de son président, Yoweri Museveni. L’atypisme de l’homme, comme de son parcours, n’est pas sans rappeler celui de certains de ses homologues sur le continent. Au point que le particularisme s’est transformé avec le temps en véritable cas d’école.

Il n’a pas si mal vieilli que ça Yoweri Museveni. Du haut de ses 71 ans, l’inflexible combattant s’est changé en vieil homme à l’air débonnaire. Il faut toutefois se méfier de cette bonhommie apparente vous avertiront ses détracteurs. L’homme s’est arrondi, physiquement, mais le dirigeant s’est raidi, intérieurement, vous expliqueront-ils. Il faut dire qu’en un demi siècle d’activisme politique, le président ougandais aura troqué le treillis forcément poussiéreux de chef de guérilla pour le costume ajusté par ses alliés occidentaux de despote éclairé pour finalement arborer celui bien plus élimé (mais toujours d’actualité) d’autocrate décrié. Un parcours qui en rappelle quelques autres. Ainsi est allé Museveni. Ainsi va l’Afrique. Trop souvent…

Combien sont-ils à ne pas pouvoir, ne pas vouloir en fait, la quitter cette « bananeraie » qui « commence à donner ses fruits » ? Combien sont-ils à s’imaginer les usufruitiers naturels, les pleins propriétaires en réalité, d’une nation ? Il ne s’agit pas de dénier au natif de Ntungamo son importance dans l’histoire de son pays. La lutte menée à la tête du Front for National Salvation (FRONASA) contre la dictature d’Amin Dada puis la création du National Resistance Movement (NRM) et sa branche armée (NRA) qui viendra à bout du peu inspiré et finalement oppressif Milton Obote, son prédécesseur à la présidence.

Durant ces années de combat, engagé depuis la socialisante Tanzanie de Julius Nyerere, quelques rencontres marquantes : John Garang, considéré comme le père du Soudan du Sud, mais aussi un certain Paul Kagame qui combattra fidèlement sous ses ordres au début des années 80. Fidèle à ses amis et leurs convictions, celui que l’on surnomme « M7 » l’est assurément. Ainsi, il appuiera la rébellion sud-soudanaise dans sa lutte sécessionniste. Même après le décès tragique du fondateur de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) en 2005. Garang rentrait d’un meeting dans la capitale ougandaise à bord d’un… hélicoptère présidentiel. De fait, Kampala resterait un refuge pour une grande partie de ce que le Soudan compte de rebelles. Au grand dam de Khartoum avec qui il a finalement repris langue en septembre 2015.

Surtout, il ne manquera pas de rendre la pareille à son frère d’armes rwandais au début des années 90. Paul Kagame, c’est l’élève qui a rattrapé (dépassé ?) le maître. C’est le précieux comparse dans les fumeuses aventures congolaises de triste mémoire. C’est l’alter ego aux yeux de la communauté internationale, l’un des porteurs d’une nouvelle gouvernance sur le continent africain. Vraiment, il fut un temps où le vent du changement semblait souffler depuis l’Afrique de l’Est. Yoweri Museveni, alors fringant quinquagénaire, apparaissait comme l’homme du renouveau. Celui de la paix retrouvée, du redressement économique, d’un nouvel ordre dans la sous-région. Peu importe les « dérapages » ici où là (en RDC notamment). Tant que la doctrine politique, économique et diplomatique ougandaise servait les intérêts des États-Unis, l’ancien rebelle apparaissait comme un précieux allié. Bill Clinton puis George W. Bush sauront s’appuyer sur ce partenaire… le temps qu’il faudra.

L’idylle a fait long feu. Sûr de son fait et fort d’un bilan respectable mais aussi du soutien apparent de certains puissants de la planète, Yoweri Museveni a fini par faire sienne la fameuse maxime d’Oscar Wilde : « Le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder. » Précurseur, celui qui dénonçait un temps « les dirigeants qui veulent rester trop longtemps au pouvoir » décidait dès 2005 de changer la Constitution pour briguer un nouveau mandat. L’exemple devient caricature. Au diable les idéaux, la famille Museveni truste les responsabilités, l’opposition est muselée, les homosexuels persécutés et l’Ouganda voit son influence s’éroder sur la scène africaine. M7 n’en a cure. Il en est convaincu : après lui, le déluge ! Combien sont-ils à (dé)raisonner de la sorte ?

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