Guerre au Yémen : une aventure macabre…

par Hervé Pugi.

C’est dans un quasi huis clos mais surtout dans une indifférence choquante que le Yémen est confronté à la guerre depuis plus d’un an. La coalition sunnite, conduite par l’Arabie Saoudite, semble dans une impasse et, comme toujours, ce sont les civils qui paient le prix fort de cette aventure macabre. Loin de rétablir une quelconque légitimité, cette expédition militaire aura surtout conduit à une crise humanitaire sans précédent. 

Partie la fleur au fusil, la coalition sunnite qui a pris d’assaut le Yémen en mars 2015 ne s’attendait certainement pas à se trouver enlisée un an plus tard de cette manière. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’opération « tempête décisive » ne le fut pas ! Celle-ci s’est d’ailleurs très vite muée en « restaurer l’espoir ». L’espoir de ramener la paix ou de se sortir au plus vite de cette galère ? La question se pose assurément…

Les Yéménites, eux, n’en ont plus beaucoup d’espoir face à la situation chaotique de leur pays. D’autant que les libérateurs, sûrs de leurs forces, multiplient les bavures. Les crimes, affirment certains. Pour quelques rebelles houthistes terrassés, combien de civils tués ? À en croire l’Organisation mondiale de la santé (OMS), fin juillet, sur les 6 500 Yéménites à avoir perdu la vie, 3 700 seraient de simples civils. Il faut ajouter à ce chiffre plus de 30 000 blessés. Si le concept de « frappe chirurgical » n’a jamais vraiment existé, ceux qui luttent au Yémen apparaissent comme de grands bouchers.

Les témoins sur place peuvent témoigner que si la coalition bombarde, c’est sans grand discernement. 600 hôpitaux et équipements de santé sont partis en fumée, tout comme 1 600 écoles gravement endommagées ou détruites. Des dommages collatéraux qui n’ont jamais freiné les ardeurs des généraux saoudiens et leurs soutiens. Pas plus que les 2,7 millions (sur les 14,1 millions d’habitants, dont la moitié est touchée par une pénurie alimentaire) de déplacés dénombrés depuis le début du conflit. Le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés avance pour sa part le nombre de 180 000 Yéménites à avoir pris la fuite pour trouver refuge chez les pays voisins. La Somalie, pourtant en proie à de graves violences, est une de ces destinations…

Tout cela pour quel résultat ? Aden a bien été repris. C’est bien le seul trophée pour l’heure du roi Salmane qui voit les efforts de ses troupes se heurter à une résistance implacable. À tel point que bien des spécialistes affirment que l’Arabie Saoudite et ses compagnons d’armes ne peuvent sortir militairement vainqueurs de ce bras de fer contre l’importante minorité zaïdite, concentrée dans le nord du pays. Des Houthis qui seraient en outre directement appuyés par l’Iran. Ceci nous éclairant d’un autre jour sur les enjeux de la bataille en cours…

Le constat d’échec est tel que les États-Unis, qui ont suivi cette aventure à bonne distance tout en alimentant en renseignements leurs alliés du Golfe, ont été contraints de reprendre la main sur le plan diplomatique. « Cette guerre doit prendre fin (…) le plus rapidement possible » a ainsi tonné John Kerry lors d’une visite à Jeddah le 25 août dernier. Le secrétaire d’État américain d’annoncer qu’une nouvelle initiative de paix en faveur du Yémen serait rapidement lancée.

La proposition du responsable américain prévoie une participation des rebelles à un « gouvernement d’union nationale ». Une mesure réclamée depuis des mois par les Houthis, justement, mais soigneusement rejetée jusque-là par les émissaires des Nations unies et les différents négociateurs, notamment lors trois mois de palabres infructueuses qui se sont tenues au Koweït cette année. En contrepartie, il est demandé aux Houthis de se « retirer de Sanaa et d’autres zones », et de transférer toutes les armes lourdes, dont les missiles balistiques, à une partie tierce. Les discussions s’annoncent âpres…

Les États-Unis risquent de devoir s’employer plus encore afin de permettre à la coalition sunnite de sortir la tête haute de cette expédition hasardeuse. Il faudra en effet que Washington fasse jouer toute son influence pour empêcher les Nations unies d’enquêter sur les violations supposées de droits de l’homme au Yémen. De nombreuses voix s’élèvent effectivement pour qu’un organisme international indépendant se penche sérieusement sur ce qu’elles qualifient de « crimes de guerre » dans un conflit, plus que tout autre, sans vainqueur.

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