Jours tranquilles à Alger par Mélanie Matarese & Adlène Meddi

par Hervé Pugi.

Avec Jours tranquilles à Alger (Riveneuve éditions), Mélanie Matarese et Adlène Meddi, rédacteurs en chef du quotidien El Watan Week-end, partagent leurs vécus aussi bien journalistiques que personnelles de cette Algérie à la croisée des chemins. Carte postale forcément contrastée de ce pays unique où le meilleur et le pire se côtoient et s’entremêlent souvent, ce recueil de chroniques – entre colère et extase, petits bonheurs et grandes désillusions – s’avère une véritable plongée dans la schizophrénie ambiante.

Lorsque l’on a « pratiqué » Alger, l’Algérie en fait, on sait que de jours tranquilles il en existe finalement peu. Ce « labyrinthe qui épuise et fascine », comme l’exprime si bien Kamel Daoud dans sa préface, les auteurs  ne le connaissent que trop bien. Ils l’arpentent au quotidien, comme journalistes bien sûr mais tout autant comme des spectateurs lambdas d’une étrange tragi-comédie se déroulant devant eux.

Cette Algérie, Mélanie Matarese et Adlène Meddi l’aiment assurément. Chacun à sa manière, bien évidemment. L’addition des scénettes qui se succèdent vaut ainsi pour beaucoup par cette nuance de sensibilité des auteurs. Ce n’est pas que leurs visions divergent ni même que leurs constats diffèrent, c’est qu’il y a chez le journaliste algérien – comme chez nombre de ses concitoyens – cette rage au ventre de voir son pays plongé dans l’absurde le plus profond. Comme si cette Algérie, Meddi l’aimait tellement qu’il en arrivait à la détester ! Non pas pour ce qu’elle est mais pour ce qu’ « ils » en font, ces « Algerinosaurus », dixit Matarese, ces sphinx d’un « pouvoir invisible et souvent informel », selon son confrère, qui confisquent le présent et plus encore l’avenir de toute une nation.

Alors, « oui j’ai cassé, j’ai brûlé » expliquera Samir dans l’une de ces rencontres hautes en couleur qui jalonnent ces chroniques. Des récits souvent désabusés d’hommes brisés parce que le terrorisme… parce que la pauvreté… parce que la vie… Tout simplement. Dans ces coulisses de la politique et de la société viennent toutefois s’inviter des anecdotes plus riantes et/ou poétiques. Instantanés bien moins insignifiants qu’il n’y paraît. Le tout sur ce ton très personnel, d’une grande justesse, qui caractérise cet exercice de style. On peut d’ailleurs féliciter le duo pour son ironie grinçante, jamais méchante ; pour ses traits d’humour savamment distillés et pour un engagement exprimé sans toutefois sombrer dans le pamphlet assommant.

Par ailleurs, tout en se délivrant du carcan de l’écriture purement journalistique, Jours tranquilles à Alger s’avère également un bel aperçu de ce que peut être la profession. Des voyages épiques, des rencontres marquantes, des sujets qui vont du plus modeste (jamais futile) au plus signifiant. Chaque expérience est ainsi porteuse de sentiments et de questionnements dans l’esprit d’un journaliste. Bien plus qu’on puisse l’imaginer lorsque l’on découvre tous les matins les mots couchés sur le papier de son quotidien.

Une étonnante balade donc que celle qui conduit au cœur d’ « Alger l’Africaine, l’Arabe, la Française, la Numide, la Byzantine, la Juive, la Kabyle, antique comptoir punique, Mecque des révolutionnaires, ville d’intrigues et de putschs ». Une ville qui ne laisse jamais indifférente. Une nouvelle jolie découverte en tout cas que celle proposée par les éditions Riveneuve, maison indépendante, dont le catalogue regorge de pépites qui méritent une bien meilleure exposition.

 

Jours tranquilles à Alger par Mélanie Matarese et Adlène Meddi, Riveneuve Éditions (205 pages, 15 €)

 

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