Hillary Clinton, un symbole et après ?

par Hervé Pugi.

Le 8 novembre, les États-Unis éliront leur 45e président. On ne présente plus les principaux candidats. Donald Trump du côté des Républicains et Hillary Clinton pour le camp des Démocrates. Une femme à la Maison-Blanche ? Voilà qui serait une première. Et ce tout juste huit ans après avoir porté au pouvoir un sénateur noir. Progressistes, les Américains ? C’est certain mais c’est surtout beaucoup plus compliqué que cela.

« J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé de particulièrement marquant durant la première année de mandat de Barack Obama, si ce n’est sa rhétorique. Je ne vois rien de marquant dans son action ni dans ses politiques. La déception n’a pas été terrible dans la mesure où je n’attendais pas grand-chose de lui. Je pensais qu’il serait un président démocrate comme les autres ». Voilà comment l’historien et militant Howard Zinn dressait un premier bilan, désabusé, du nouveau pensionnaire du 1600 Pennsylvania Avenue. Décédé en janvier 2010, le professeur en science politique ne pourra commenter les débuts – probables – d’Hillary Clinton en tant que chef d’État. Toutefois, aucun doute, l’auteur de l’ouvrage de référence Une histoire populaire des États-Unis n’attendrait rien de plus de l’ancienne Première dame. Acharnement que tout cela ? Bien des politologues ne le voient pas ainsi.

Une fois l’investiture passée et le symbole d’une femme intronisée à la tête d’une superpuissance célébré, que se passera-t-il pour celle qui est née Hillary Diane Rodham ? Point de révolution de palais, d’inflexion politique majeure ou de projet visionnaire à attendre dans le futur, l’ex-Secrétaire d’État aura effectivement à cœur de remplir pleinement la tâche qui lui est dévolue : assurer la continuité de la toute-puissance américaine. Que ce soit au niveau politique, économique ou culturel. C’est ce qu’a tenté de réaliser, avec plus ou moins de réussite, Barack Obama durant ses deux mandats. C’est ce que toute personne, élue à la tête des États-Unis, se doit de faire : perpétuer une vision politique qui va au-delà des clivages pré-électoraux. Ceux qui servent à se faire élire, pas à gouverner. C’est un fait, il n’y a guère d’autres latitudes dans un pays où le pouvoir politique reste intimement lié au monde des affaires et au complexe militaro-industriel.

La culture politique américaine est ainsi paradoxale qu’elle est parvenue à sacraliser le concept du vote, celui du choix donc, alors même que tous les élus qui se sont succédés à la Maison-Blanche lors des dernières décennies, peu importe leur étiquette, ont fondamentalement poursuivi les mêmes politiques, que ce soit au niveau fédéral ou à l’international. Non, décidément, pas de place pour de grandes ruptures ou de nouvelles impulsions à Washington. Ce qui explique sûrement que dans ce pays qui se présente comme un phare universel de la liberté et de l’égalité, il n’y a pas de place lors des grands débats pour les personnages secondaires que sont les autre candidats à l’investiture suprême. Qui connaît Gary Johnson (Parti libertarien), Jill Stein (Parti vert), Darrel Castle (Parti constitutionnaliste) ou Evan McMullin (Indépendant) ? Pas grand monde. Pourquoi s’embarrasser du multipartisme lorsque candidats démocrates et républicains ont tellement offert de gages que rien ne changerait ? La démocratie, sauce US, est confisquée par deux partis et personne ne trouve rien à y redire…

De fait, osons le dire, il n’y a pas plus à espérer d’Hillary Clinton qu’il n’y a à craindre de Donald Trump, aussi populiste et dangereux puisse-t-il paraître. La force du statu quo est tellement puissante que même le « yes we can » du Premier président noir des États-Unis s’est brisé sur ces remparts invisibles. L’élection de Barack Obama devait révolutionner le pays, voire la planète toute entière. Huit années se sont écoulées et le prix Nobel de la Paix 2009 aura finalement bien peu accompli au regard des espoirs placés en lui. Assez symboliquement, il convient de constater que c’est sous sa présidence que le mouvement Black Lives Matters, dénonçant la violence systématique des autorités envers la communauté noire, a pris son envol. Dure réalité. Toutes celles et tous ceux qui s’attendent à l’avènement d’un nouveau monde avec l’arrivée au pouvoir de la plus grande puissance militaire du monde d’une femme sont prévenus…

Première dame, Hillary Clinton a soutenu l’intervention américaine en ex-Yougoslavie. Sénatrice, elle a voté pour la guerre en Irak en 2003. En tant que Secrétaire d’État, elle a rejoint la France et la Grande-Bretagne dans leur désastre aventure libyenne en 2011. La Libye, la « pire erreur » de son mandat dixit Barack Obama lui-même. Un président dont elle a pleinement soutenu la discutable campagne d’élimination des ennemis de l’État par drones ou encore les frappes aériennes, souvent plus aveugles que ciblées, en Syrie et ailleurs. En même, sur ce point aussi, Howard Zinn avait eu l’occasion de théoriser. En matière de politique étrangère, un président démocrate « est aussi nationaliste, expansionniste, impérialiste et va-t’en-guerre » qu’un Républicain. Pas une question de convictions mais bien d’intérêts qui dépassent le seul cadre de la sécurité intérieure.

Il convient donc de se préparer à ne pas trop s’étonner si la première présidente des États-Unis, dont la popularité n’est déjà pas fameuse, devait laisser un sentiment mitigé à celles et ceux qui ont voulu croire en elle. En prenant possession de la Maison-Blanche, la personne qui a gagné l’élection sait qu’elle abandonne tout ce qui la caractérise. Il n’y a plus ni race, ni couleur de peau, ni sexe qui compte. Il n’y a plus que les intérêts suprêmes de la nation. De fait, il n’y aura jamais d’hommes ou de femmes, de blancs ou de noirs, de Démocrates ou de Républicains siégeant à la Maison-Blanche. Il n’y a que le président des États-Unis. Pour le meilleur comme pour le pire.

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