The War on Drugs taille sa route

Si l’univers du rock est régulièrement secoué par l’émergence soudaine de petits jeunots flamboyants, la bonne ville de Philadelphie nous a fourni ces dernières années son lot de forçats trentenaires aussi besogneux qu’inspirés. The War on Drugs en est un illustration. Quatre ans après s’être fait un nom avec Lost In The Dream, la bande à Adam Granduciel nous présente son petit dernier, A Deeper Understanding, à venir le 28 août. Un quatrième album ambitieux qui s’inscrit – sans surprise – dans la lignée de son prédécesseur.

 

Le règne de l’overdub

Il a l’air serein Adam Granduciel. On l’a pourtant connu un brin plus torturé, limite poète maudit ! Bien que la quarantaine approche à grands pas, le leader de The War on Drugs à tout l’air d’un gamin piaffant d’impatience de dévoiler un nouvel opus « finassé jusqu’à l’extrême » de son propre aveu. Voilà qui ne surprendra personne. Le succès du groupe de Philly, comme certaines critiques d’ailleurs, tient pour beaucoup à cette véritable science du mixage dans lequel l’overdub règne en maître plus qu’ailleurs. Sur ce point, Adam Granduciel assume et prévient : « C’est ma manière de faire de la musique. J’aime avoir des pistes de partout et les exploiter à l’infini jusqu’à temps de sortir le son qui me convient parfaitement. » Et, non, cette approche n’allait pas changer après le succès rencontré par le déjà hyper-produit Lost In The Dream en 2014. Comme s’il y avait des années de frustration à évacuer. « Par le passé, nos productions étaient des sortes d’instantanés. Il fallait vite composer, enregistrer, mixer… C’était très spontané mais rien n’était vraiment accompli. Là, on a eu du temps. » Un privilège.

Un album tentaculaire

« Je tenais à ce que A Deeper Understanding soit plus puissant encore, lâche encore le père Granofsky, pour l’appeler de son vrai nom. Quelque chose qui permettrait de mieux exprimer ce que ce groupe est vraiment et tout ce qu’il peut donner. Le tout en gardant cette même sensibilité dans l’écriture ». De fait, le sextet – qui donnait déjà l’impression de se démultiplier – a pris des allures de grand orchestre : « C’est une nouvelle phase qui correspond à une vraie évolution. Je me suis dit qu’on pouvait aller plus loin en ajoutant des claviers – je joue beaucoup de piano sur cet album –, plus de guitares, une boîtes à rythme, un mellotron ou encore un vibraphone… Bref, sur la fin, tout ce matos à mixer, c’était juste démentiel ! » Pour quel résultat ? Comme souvent, la nouvelle livraison de The War on Drugs fascine autant qu’elle agace. Ambitieux, A Deeper Understanding l’est clairement. Un album tentaculaire qui ne manque pas de substance mais peut-être d’une certaine audace.

Pas suffisant pour ébranler les convictions d’Adam Granduciel, tout juste titillé dans son ego. « Je ne vais pas changer, se défend-t-il. J’essaie de faire passer beaucoup de choses dans mes chansons. Pour cela, les ambiances musicales sont tout aussi importantes que les mots. De toute façon, je ne m’imagine pas tout seul avec ma guitare, j’ai trop besoin d’un groupe… »

 

Rien n’a été facile

Un bosseur, assurément, que ce Adam Granduciel, il le concède, « je me rends chaque jour ou presque en studio ». Un sacerdoce qui prend une dimension quasi obsessionnelle lors de la gestation d’un album. Aucun doute, l’usinage de ce A Deeper Understanding n’a pas été de tout repos. « Il y a toute cette phase d’overdubbing au début où je délègue beaucoup. Seulement, dès qu’ils sont tous rentrés chez eux, on a commencé à pas mal expérimenter avec l’ingé son Shawn Everett (NDLR : Weezer, Alabama Shakes, Julian Casablancas etc.) Certaines chansons ont tourné en quelque chose de complètement inattendue. Je n’ai jamais d’idée préconçue sur ce que va devenir une de mes compositions, tout est surtout une question d’atmosphère. Le truc avec cet album et que l’ambiance colle parfaitement avec ce que j’avais en tête. »

Adam Granduciel, justement, a la tête d’un mec comblé. Malgré la fatigue, le décalage horaire et les interviews qui s’enchaînent, il garde le sourire. Il avance en tout cas sans pression apparente malgré la reconnaissance. Un leurre ? «  Bien sûr que la vie est plus facile aujourd’hui. Il y a plus de succès, donc plus d’argent et de liberté. Mais écrire une chanson reste peu évident. Il faut être consciencieux car si l’inspiration te tombe du ciel, il y a beaucoup de travail derrière pour parvenir à en retirer quelque chose. »

Le travail, décidément, un leitmotiv qui s’explique aisément. « Rien n’a été facile pour des gens comme Kurt (Vile), Steve (Gunn) ou moi. Le fait est que nous nous sommes tous trouvés et découverts durant notre jeunesse à Philadelphie. Ce n’est ni New York ni Los Angeles, c’est une ville de travailleurs, un monde de cols bleus. Le bon côté c’est que tu peux pleinement te dédier à ce que tu as à faire. Nous, c’était la musique et c’est ce que nous avons fait et continuons à faire mais, non, rien n’a été facile. Aujourd’hui je vis entre New York et Los Angeles mais je reste ce même petit gars de Philadelphie… »

Hervé Pugi

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