Pop Art from North Africa : le Maghreb secoue Londres

C’est du côté de Londres que la fine fleur du Pop Art from North Africa s’est donnée rendez-vous pour six semaines. Une réunion de quinze talents rendue possible par l’activisme de ses curateurs, Najlaa El-Ageli et Toufik Douib. Nous faisons le point avec ce dernier sur cette rétrospective qui se tiendra du 21 septembre au 4 novembre à la P21 Gallery.

 

Scribouille : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’événement Pop Art From North Africa ?

Toufik Douib (T. D.) : L’exposition offre une réflexion sur une société en quête d’une identité locale dans le contexte actuel marqué par la « conso-mondialisation ». Il s’agit par là de montrer de manière critique l’interaction pouvant exister entre les marques, icônes et symboliques exportés par la culture occidentale dans cet environnement culturel différent qu’est l’Afrique du Nord.

Scribouille : Qu’est-ce qui vous a motivé à mettre l’accent plus particulièrement sur ce courant spécifique qu’est le Pop Art ?

T. D. : L’année 2017 coïncide avec le double anniversaire des 30 ans de la disparition d’Andy Warhol et des 20 ans du décès de Roy Lichtenstein. L’exposition va donc à la fois rendre hommage aux pionniers de la Pop tout en célébrant une nouvelle scène artistique issue d’Afrique du Nord. Celle-ci est en train de donner un nouveau visage à la culture locale, une facette peu connue – tout particulièrement à Londres où la tendance est usuellement tournée vers le Proche-Orient. Ce projet a en outre l’intérêt de présenter au public – Londonien et plus largement Occidental – une conscience nord-africaine pure et authentique jamais exposée jusqu’à présent. Par sa nature caustique, drôle et accessible à tous, l’exposition Pop Art révélera un monde subtil et cynique propre aux habitants de la région, décrivant ce qu’est leur préoccupation.

Scribouille : S’il devait y avoir un point commun entre les artistes exposés à la P21 Gallery, quel serait-il selon vous ?

T. D. : En recensant les artistes exposés, 15 au total, nous avons réalisé avec Najlaa El-Ageli – co-curateur et elle-même Libyenne d’origine –que les œuvres sélectionnées puisent principalement dans un fond commun de traditions et de symboliques spécifiques à l’Afrique du Nord. On retrouve par exemple le tarbouche ou encore la main de Fatma. Ces références aux croyances, à l’histoire et aux coutumes accentuent cette nostalgie déjà très présente dans la psyché collective nord-africaine.

Scribouille : Sorti du musée Mohammed VI d’Art Moderne et Contemporain de Rabat, inauguré en 2014, le Maghreb semble souvent tourner le dos, en tout cas méconnaitre, ses artistes. Vous qui avez notamment travaillé au ministère de la Culture en Algérie, comme l’expliquez-vous ?

T. D. : Il y a probablement des thèmes et des artistes non-conventionnels difficiles à exposer à un large public, ce qui n’est pas propre qu’au Maghreb. Par contre, s’agissant du projet Pop Art, bien que celui-ci soit né d’une initiative indépendante et même s’il se veut à priori satirique et engagé, il peut très bien trouver sa place au sein de musées nationaux et autres institutions étatiques qui sauront en saisir les enjeux positifs. En effet, la scène Pop nord-africaine a déjà réussi à toucher plusieurs composantes des sociétés dont elle est issue. Elle finira inévitablement par se démocratiser, comme ce fut le cas pour la BD ou le street-art, qui se sont ‘réinventés’ dans un marché local où se mêlent à la fois tradition et modernité. Par là, elle acquerra la reconnaissance attendue. Et ce jusqu’au plus hautes strates ‘officielles’. Nous espérons d’ailleurs faire voyager l’expo dans chacun des cinq pays de la région.

Scribouille : En ces temps troubles où beaucoup aiment à vouloir opposer les civilisations, les religions et les cultures, pensez-vous que l’art peut/doit être un pont interculturel ?

T. D. : Ce que je trouve extraordinaire dans le Pop Art nord-africain c’est sa capacité à extraire et combiner des ‘ingrédients’ éclectiques de la culture populaire et populiste, en réaffirmant à la fois un sentiment d’appartenance à des racines communes et une ouverture à un mouvement universel. Au moment où les défis géopolitiques sont nombreux dans la région et au-delà, il me paraît essentiel d’exposer cette représentation d’un « Maghreb Uni ».

Entretien réalisé par Hervé Pugi

 

Curateurs : Najlaa El-Ageli & Toufik Douib 

Artistes:  Mouad Aboulhana (Maroc), Alla Abudabbus (Libye), Rasha Amin (Egypte),  Amel Benaoudia (Algérie), Dhafer Ben Khalifa (Tunisie), Walid Bouchouchi (Algérie), El3ou (Algérie), Malak Elghuel (Libye), Sarah Basma Harnafi (Maroc), Sarroura Libre (Tunisie),  Meryem Meg (Algérie/Bulgarie), Ilyes Messaoudi (Tunisie), El-Moustach (Algérie), Qarm Qart (Italie/Egypte) et Sofiane Si Merabet (Algérie).

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