Toby Goodshank : « un niveau d’honnêteté sans précédent »

Toby Goodshank, un ancien des Moldy Peaches, est de retour ce 9 mars avec un nouvel album. Dream On Me « aborde les rêveries obsessionnelles, l’évasion, et la désincarnation comme manière de traverser les souffrances, le désordre mental, l’abus de pouvoir, la mort de ses parents, le vieillissement, se sentir intouchable et parvenir à l’invisibilité ». De quoi attiser votre curiosité. Foncez, vous ne serez pas déçu !

Scribouille : Qu’as tu envie de nous dire sur ce nouvel album, Dream on me ?

Toby Goodshank (T. G.) : Cela m’a pris un bon moment pour finir de composer et d’enregistrer ces chansons ! En fin de compte, le tout m’a pris presque trois ans. La vie est ainsi faite… Casey Holford, qui a produit l’album, a été incroyablement bienveillant et patient avec moi. Je suis vraiment satisfait de la tonalité globale de ces chansons et je suis heureux d’avoir pu partager cette expérience avec des amis.

Le fait est que je n’avais pas vraiment une idée claire de ce que je voulais faire avec ces chansons lorsque je suis rentré en studio. J’ai bien monté à un moment un groupe et fait quelques tentatives mais cela n’a rien donné. C’était de ma faute, j’étais indécis, je manquais de confiance en moi et ce n’est jamais idéal pour arriver à sortir quelque chose.Cela a commencé à ressembler à un véritable album le jour où mon ami Sami Hendricks, le batteur de Charly Bliss, s’est mis à la batterie sur huit des neufs chansons. Il est tellement balaise ! La neuvième chanson est une reprise de Cocorosie. Elle a été produite par un autre pote, Stuart Bogie de Superhuman Happiness et Arcade Fire.

Scribouille : Je trouve que cet album a une ambition que n’avaient pas forcément les précédents. Es-tu d’accord avec cette affirmation ?

T. G. : Pas vraiment dans la mesure où je n’ai pas l’impression d’avoir révolutionné quelque chose avec ces chansons. Le truc est essentiellement du folk rock qui, à un certain égard, s’inscrit dans une tradition : celle de raconter des histoires. Le tout en mettant en exergue une certaine conscience sociale et spirituelle. Mais, au final, ce ne sont que des chansons. Je les trouve bonnes. Certains vont adhérer alors que d’autres ne les aimeront pas. Il est même probable que la plupart des gens n’en auront rien à faire et ne les écouteront même pas !

La singularité de cet album, c’est surtout son côté personnel. Je pense que je n’avais rien produit d’aussi puissant et bon jusqu’à présent. Je crois avoir atteint un niveau d’honnêteté sans précédent en comparaison avec mes productions précédentes. Le temps passant, j’ai bien plus de faciliter à exprimer mes sentiments, et ce de manière bien plus profonde. J’ai l’impression d’avoir bien plus de recul pour traiter des choses de la vie ou des grands événements du monde qui me tiennent à cœur.

Toby Goodshank - Dream On Me - cover

Scriboulle : Il y a, je trouve, quelque chose d’extrêmement personnel dans ces compositions. Dirais-tu que l’expérience de la vie nourrit forcément un artiste ?

T. G. : Je ne mise que sur ce que la vie m’apporte. Même si je me cache derrière un personnage ou si j’aborde un événement qui ne me concerne pas directement, toutes ces choses passent par un filtre qui est ma propre expérience de la vie. Je relie forcément ces personnages ou ces événements à des choses que j’aie moi-même expérimentées et cela leur donne un vernis personnel. La singularité de cet album est justement qu’il trouve ses racines dans du vécu. J’ai beaucoup écrit sur le décès de mes parents, sur tout ces gens aisés qui foutent en l’air la planète, sur ces personnes qui n’ont aucune considération pour leurs semblables, sur le fait que l’on puisse parfois ne pas se sentir capable de faire face la vie et de tout faire pour en échapper…

Scribouille : Après avoir collaboré avec tant de projets et d’artistes différents (Moldy Peaches, Darwin Deez, Pizza Underground etc.), est-ce facile de trouver sa propre voie ? Le risque est grand de se perdre, non ?

T. G. : C’est en fait une chance que de pouvoir collaborer avec des gens qui sont tes amis, c’est mon cas, car ils ne cessent de t’encourager à t’affirmer. A l’époque des Moldy Peaches, chacun faisait également un truc de son côté et très souvent l’un de nous faisait, en solo, la première partie de nos propres concerts. Même nos tenues sur scène étaient une manière d’affirmer qui nous étions. De même, quand je joue avec Darwin Deez, nous avons l’habitude d’improviser des danses entre les chansons. Darwin se fout que je fasse n’importe quoi tant que je participe. Ce que je fais est juste ce que je suis. Avec Pizza Underground, tout le monde m’a poussé à explorer chaque idée du moment où cela pouvait apporter quelque chose de fun à nos concerts. Je souhaite à chaque musicien d’avoir cette chance de connaître une telle émulation. C’est tellement merveilleux de jouer avec ses amis !

Scribouille : Autre chose, quels étaient tes idoles musicales à l’adolescence ?

T. G. : Il y en a tellement qu’il serait impossible de tous les nommer. L’album de Josephine Wiggs la bassiste des Breeders, qui s’appelle Bon Bon Lifestyle est l’un de ceux qui m’a le plus marqué. Magic City de Mary Timony et Helium m’a juste époustouflé, je peux même dire qu’il m’a sauvé la vie à la fin de l’adolescence. Tout aussi important fut Bruiser Queen par Cake Like. Enfin, tous mes amis savent combien j’adore les Frogs ! J’écris même un livre sur eux, mais cela va me prendre un petit moment au rythme qui est le mien…

Scribouille : N’est-ce pas compliqué pour toi d’exister en tant qu’artiste avec cette étiquette « antifolk » ?

T. G. : Cela ne me pose aucun problème. Le terme lui-même réfère à un bande, un groupe social, dont j’ai eu la chance de faire partie. J’ai rencontré au Sidewalk Cafe à New York City tant d’âmes sœurs, de magnifiques artistes et d’amis dans le monde de l’antifolk. Nos styles musicaux différaient et j’y ai fait mon apprentissage pendant tant d’années. Ce fut une époque magnifique. Par bonheur, j’ai gardé le contact avec beaucoup d’entre eux. C’est juste compliqué de faire comprendre aux gens que le mouvement antifolk n’est pas un style musical à part entière mais juste une bande de potes qui se sont rencontrés dans un endroit précis à une époque particulière.

Scribouille : Cet album, est-ce la suite de l’histoire ou le début d’autre chose ?

T. G. : C’est très clairement la suite de ma propre histoire et j’espère embrayer sur autre chose très vite. Pour l’heure, je travaille sur un roman graphique en compagnie d’Adam Green et Thomas Bayne. Au moment où je te parle, nous sommes au Carrol Gardens, couverts des copeaux de crayons, à boire des Coors Lights tout en écoutant Till The Band Comes In de Scott Walker.

Scribouille : Mon dernier mot lors de cette interview, sera « covfefe » (un concept philosophique). Quel sera le tien sachant que j’attends de toi une parfaite sincérité ?

T. G. : Pour paraphraser Billy Jack, tout ce que m’inspire le terme « covfefe » est la sauvagerie des temps absurdes que nous fait vivre actuellement Donald Trump.

Scribouille : Merci Toby et bonne chance pour cet album !

T. G. : Merci à VOUS !

Hervé Pugi


WEB & SOCIAL:

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