Bombino : le rock touareg a son maître

Près de huit ans après avoir fait trembler les murs de l’ancestrale grande mosquée d’Agadez, Bombino sévit toujours mais la guitare du Nigérien rugit désormais bien plus loin que dans son seul Sahel natal. Disponible à partir du 18 mai, Deran (Partisan Records) s’avère un album aussi inspiré qu’abouti. Du bon rock touareg ? Plus que ça : du bon son, tout simplement.

Il faudra bien un jour que les disquaires se débarrassent de ces odieux bacs sur lesquels est accolé l’étiquette « World Music ». Ce fourre-tout – cette paresse intellectuelle en fait doublée d’un odieux ethnocentrisme – qui force de véritables pépites provenant des quatre coins de l’horizon à côtoyer de trop près de médiocres joueurs de flute de pan qui n’ont même jamais vu les Andes. De même, il serait appréciable que la France s’éveille à l’Afrique pour autre chose que ses contrats juteux, ses joueurs de foot ou ses clubs de vacances, « c’est tellement exotique là-bas, tu sais ! » Car, finalement, de toutes les ressources dont regorge l’Afrique, l’une des plus précieuses est très certainement sa culture ! Allez expliquez ça aux tenants de la Françafrique…

Le guitariste nigérien Bombino est l’un de ces petits trésors que l’on a plus de chance de croiser dans une MJC qu’ailleurs dans l’Hexagone alors que le monsieur jouit d’une sacrée réputation en Angleterre comme aux Etats-Unis, ces pays où, il est vrai, on sait encore différencier le rock de la variété. Un brin énervé que ce journaliste, n’est-ce pas ? Heureusement qu’il y a Deran pour le calmer. Non, il ne s’agit pas d’un nouvel anxiolytique qui fait fureur dans une profession qui en aurait grandement besoin mais bien du nom du dernier opus du natif de Tidene.

Où va donc s’arrêter Bombino ? La question se pose. Clairement, ce guitar hero venu des chaudes contrées sahéliennes pousse, album après album, sa virtuosité à des hauteurs qu’on ne l’imaginait pas atteindre. Agadez (2011), avouons-le, avait plus agréablement surpris que totalement séduit. Nomad (2013) avait révélé le potentiel véritable et Azel (2016) confirmé le talent indéniable de cet auteur-compositeur qui semble toujours s’excuser de son succès. Avec Deran, Bombino – magnifiquement servi par ses musiciens et la production d’Eric Herman – atteint enfin l’excellence dans son art.

Si le très efficace Tehigren (The Trees), avec sa rythmique reggae, pourra sembler à certain un brin facile (les premiers singles ont cela de piégeux qu’à vouloir viser trop large, on risque de manquer sa cible), l’entêtant et nerveux Oulhin ou l’impressionnant Takamba, instrumental aux relents Hendrixien, rappelleront vite aux plus sceptiques que le dénommé Omara Moctar est tout de même un sacré « gratteux ». Pas un morceau d’ailleurs sans que le Touareg ne laisse parler sa technique sans faille. De petits numéros sans fausse note qui évitent à chaque fois ce terrible écueil : trop en faire. Comme si le brio devait toujours être au service d’un collectif, lui-même au diapason de son leader.

Surtout, Bombino ne se renie pas. Le délicat Adouni Dagh (This Life) et l’hypnotique Adouagh Chegren (At the Top of the Mountain), conduis par un subtil jeu à l’électro-acoustique, ont tout d’un retour au source : direction les dunes du Sahel et tout ce qu’elles peuvent avoir d’envoûtant. C’est d’ailleurs l’une des grandes qualités de l’artiste nigérien (et de tant d’autres d’ailleurs actuellement en Afrique) que de ne pas se laisser aller à du purement folklorique ou, a contrario, dans une « fusion » douteuse qui a tant fait de mal à la musique du continent par le passé. Non, vraiment, Bombino ne cherche pas à être moderne comme il ne feint pas l’authenticité. Moderne et authentique, il l’est assurément. Comme l’est sa musique. Comme peut l’être une certaine Afrique.

Reste la barrière de la langue, le Tamasheq. Pas simple, en effet, de chantonner les refrains sous sa douche mais, là, le journaliste nerveux ne peut que vous dire : « réécoutez Gangnam Style et on en reparle… »

Hervé Pugi

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