Salim Zerrouki : « Dès que l’on pense autrement… »

« Comment se débarrasser de nous pour un monde meilleur » (co-édité par les éditions Encre de Nuit et Lalla Hadria), c’est la dernière œuvre du talentueux dessinateur algérien Salim Zerrouki. Miroir satirique des sociétés maghrébines, cet album joint humour noir et autodérision à travers une succession de scénettes corrosives enrobées d’une fine couche de tendresse. Son auteur a bien voulu se prêter au jeu d’un entretien aussi décalé que son livre.

Scribouille : Salim Zerrouki, question Psycho Magazine, comment en arrive-t-on à souhaiter « se débarrasser » de ses congénères et, de fait, de soi-même ? Allongez-vous et dites-nous tout…

Salim Zerrouki (S. Z.) : Pour le bien de l’humanité c’est évident non ! (rires) Mais vous comprenez bien que c’est du second degré et que je ne souhaite pas réellement l’extinction de mes congénères – malgré le bien que cela pourrait faire au monde – c’est juste un titre provocateur pour titiller mes compatriotes et les inviter à regarder notre société autrement. Pour arriver à penser à un titre pareil, c’est vrai qu’il faut cumuler un-ras-le bol sur plusieurs années d’un certain nombre de comportements qui pour moi n’ont plus lieu d’être en 2018.

Scribouille : Quelque part, ce qui est finalement le plus choquant avec cet album est de songer que personne ne l’a fait plus tôt… La matière est là, sous les yeux de tout un chacun à longueur de journée. Craigniez-vous l’accueil qu’aurait ce livre et, par ricochet, l’impact qu’il pourrait avoir sur vous ? Je cite dans un article précédent l’humoriste Fellag qui reste considéré en Algérie, par certains, comme un « traitre »…

S. Z. : De toute façon dans n’importe quelle société, dès que l’on pense autrement on se voit étiqueté de « traitre ». Oui, je sais que certains n’apprécieront pas et voudront, malgré la souffrance engendrée par la léthargie dans laquelle nous vivons, garder cette fausse dignité face au monde.

Salim Zerrouki, auteur illustrateur de la BD « 100% BLED – Comment se débarrasser de nous pour un monde meilleur » Editions Lalla Hadria (Tunisie) et Encre de Nuit (France)

Scribouille : Celui qui feuillette cet album distraitement ne verra que 60 pages de scénettes comiques alors que je le trouve plein de finesses dans ce qu’il véhicule. D’un côté, il est ouvertement le miroir des travers des sociétés maghrébines mais, plus subtilement, il me paraît être tout autant une critique des mille préjugés que certains nourrissent en Europe et en France plus particulièrement. Découvrez-vous là une profondeur méconnue à votre livre ou était-ce important d’être dans cette double dénonciation ?

S. Z. : Allez-y doucement je ne suis pas un intello, les questions trop complexes je m’y perds moi ! Oui, il y a beaucoup de subtilités pour quelqu’un qui connait la société maghrébine. Elles sont cachées dans des détails ou bien insinuées dans des répliques. Il faut dire que je préfère nettement suggérer les choses plutôt que de les dire. C’est vrai aussi que j’ai découvert que lorsque la BD est entre des mains occidentales, elle a un tout autre aspect que je n’avais pas vu au début. Les Occidentaux ont perçu les choses autrement et positivement.

Scribouille : On est entre nous, promis, alors on peut tout se dire mais j’ai souvenir d’un policier des Renseignements généraux qui m’avait fait l’honneur de se déplacer jusqu’à mon domicile pour enquêter sur la viabilité de mon mariage avec une Algérienne. (NDLR : oui, ce journaliste a de très mauvaises fréquentations). Et, donc, ce policier me racontait qu’il avait passé ses vacances à Hammamet, total exotisme, et il avait été surpris de constater que « là-bas, c’est fou, mais ils s’habillent comme chez nous… » Bref… Avez-vous en tête, de votre côté, un cliché particulier que les « Franchouillards » ont sur les « Arabes » et qui vous amuse (ou vous énerve) particulièrement ?

S. Z. : Ils croient que nous sommes tous Arabes ET musulmans par défaut, ça me rend malade !

Scribouille : Dernière question, sans concession, vous prétendez qu’ « un Arabe qui se respecte meurt du cholestérol ». Où en êtes-vous de ce côté là ? Une pizza mayo-frites en vue ?

S. Z. : Vous voulez me faire des problèmes avec ma belle mère ou quoi ! (rires) Je fais plein de choses comme les Arabes mais, el Hamdoulah, la pizza frites-mayo je n’y ai jamais touché !

Merci à vous Salim Zerrouki.

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