NKTT

Nouakchott, 27 juin 2019.

Suis malade. Qui ça intéresse ? Suis seul ici. Seul et en feu. Mes doigts incandescents tracent des lettres de feu dans les ténèbres de la fiévreuse nuit mauritanienne. Rien n’a de sens. Ni ces mots. Ni ce moment. Rien ! Clairement, on ne devrait jamais jouer nonchalamment avec des doigts-allumettes. Surtout lorsqu’on se trouve lascivement étendu au beau milieu d’un bûcher de sueur… Tout part d’ailleurs en fumée dans la seconde et je ne trouve aucune vérité rédemptrice derrière ce voile rapiécé, incrusté dans ma rétine, qui flamboie. Certains le nomment réalité mais la réalité n’est jamais qu’une image mentale en perpétuelle évolution. Comment se résigner à tant d’inconstance ? Et puis l’enfer n’est pas les autres, jamais les autres, l’enfer ce sont ces flammes qui jaillissent d’un esprit salement tourmenté. Qu’elles soient mensonges ou vérités, elles vous crament irrémédiablement toute cervelle lessivée.

S’extirpant de ces fumerolles psychiques, un féroce moustique se pose sur mon avant-bras. Il y dépose une étrange interrogation : ne vaut-il pas mieux vivre dans une douce et lancinante erreur que dans une tyrannique clairvoyance et compréhension de l’existence ? Il me semble. Je crois…

Guillotinez cet insecte !

Suis malade. Qui ça intéresse ? Suis seul ici. Seul et en manque. De tout. Ce n’est pas grave. Surtout, c’est de ma faute. Ils sont près d’un million à m’attendre au coin de la rue, sans même le savoir. C’est bien surtout. Cette suée extirpera certainement un à un les poisons savamment inoculés des années durant et qui pullulent joyeusement dans mon organisme. Bouillon de culture indéfinissable aux tenants et aboutissants douteux. Je livrerai ma cargaison d’inepties à cet autre pays et en repartirai délivré à tout jamais.

(Dans ce fumier de mon âme, plantez quelques chardons, s’il vous plait, que vous piétinerez pieds nus si vous l’osez.)

Suis malade. Qui ça intéresse ? Suis seul ici. Seul et fou. Arf ! Je me décolle péniblement de ces draps trempés et traîne mes restes en caleçon, en décomposition surtout, jusqu’à la porte du balcon. Elle se montre réticente à s’ouvrir. J’ai l’impression qu’elle veut me faire passer un message du genre « ne sors pas mon gars ». Et pourquoi ça ? J’ai un million de personnes à voir et je ne doute pas qu’elles défileront toutes ce soir sous ma fenêtre ! J’empoigne avec autorité, autoritarisme en fait, la poignée. Elle finit par céder, lassée de mes caprices comme tant d’autres avant elle. Peut-être inquiète également de ce cure-dent que je brandis sauvagement et dont je menace une vitre teintée, épouvantée, qui pâlit jusqu’à en devenir parfaitement translucide. Ainsi débute toute révolution dans ma tête.

Rien n’est simple. 35 degrés dehors mais 39 de fièvre dedans. J’attends une belle gifle, je reçois une véritable correction. Je suis comme bastonné par des vagues de chaleur qui s’abattent sans pitié sur mon corps martyr. Saoulé de coups brulants, martelé à chaud, je manque de m’effondrer sur moi-même en enjambant la petite marche coquine qui rougit. Je progresse fébrilement en tentant d’esquiver ces directs que me balancent nonchalamment ces rafales de vent, ces rafales d’océan.

Tiens, c’est là-bas que le mal m’a pris, que la tête m’a tourné, que l’euphorie m’a quitté. Plus de chimie dans ma tête. Plus de venin dans mes veines. Rien dans mon estomac depuis quatre jours. Juste du sang qui circule, qui irrigue ce qu’il peut, ce qu’il trouve. Connement. Que c’est triste d’être une machine !

Mais, allons, cela prouve au moins qu’il me reste du cœur et un brin de cervelle. Rassurant. Reste à faire fonctionner l’un avec l’autre pour faire avancer cette carcasse de nouveau délestée de ces quelques kilos bien plus précieux que superflus…

Enfin non, dis tout Harfi, dis toute la vérité sale coin-coin !
Tu étais malade bien avant, hein ?

Hum… Ouais, trente ans peut-être…

Du haut de mon balcon, je vis ma passion avec délice en me confrontant aux éléments hostiles avec une impudence aussi injustifiable que malvenue au regard de mon état général. Mes irréels ennemis enragent. Le Vulcain du Sahel s’est allié à un Neptune haratin[1] et tous deux redoublent de violence, me contraignant à trouver refuge derrière un rayon de lune. Je me sens invincible car invisible et il n’en faut pas plus pour me voir soudain esquisser un vague sourire sardonique à cette cité qui s’incline humblement à mes pieds. « Nouakchott est une ville tellement… tellement… si… horizontale », me mets-je à marmonner à mon reflet tout en me proposant d’aller de ce pas noter cette fulgurance dans l’un des mes carnets. Ce que je ne fais évidemment pas. Des carnets ? J’en ai autant que des amis potentiels à Nouakchott. Un million ! De toutes tailles, de toutes couleurs, de toutes origines et tous m’accompagnent. Les carnets, pas les Mauritaniens. Pas encore…

Hé hé Hervé hey ! Hey Vé, où t’étais ?
Où t’es à cet instant ? Où es-tu maintenant ?
Dans quel passé ? Dans quel présent ?
Harfi, où t’es parti ?
 Serais-tu donc si petit, Pugi ?
Pourquoi t’être infligé une telle odyssée ?
Il n’y avait qu’un pas de géant jusqu’à cet océan !

Hum… Je le sais bien mais ça me plait assez en fait d’être un minus piétinant en compagnie de la piétaille dans cet immense bac à sable. Que serait-il advenu de Giz, d’El Mina, de Sebkha[2] si j’avais été un géant ? Etourdi comme je le suis, j’aurais certainement tout rasé en trainant des pieds ! D’ailleurs, je cessais de respirer chaque fois que je traversais un kébbé[3]. Conscient qu’un seul de mes soupirs pouvait mettre à terre ces enchevêtrements de tentes déchirées, de baraquements branlants, de caravanes désossées où s’entassaient des bataillons désarmés et désargentés de morveux chiasseux sur lesquels de placides mamas mutiques veillaient. Je me départissais de toute fierté en vagabondant dans le kébbé. Que pouvait peser la somme de mes vanités face aux plus humbles des affranchis ? Marcher tête haute, c’était risquer de percuter de plein front la très haute dignité de ces humiliés. Enfin, je cadenassai chacun de mes rêves avant de mettre un pied dans un kébbé. L’espoir est de toute évidence un luxe bien trop coûteux pour de petits miséreux qui semblaient voir en moi un curieux mirage au nez rouge ou un djinn[4] égaré, déposé là par la dernière tempête de sable. Je n’étais en fait qu’une autre chèvre famélique et malodorante caracolant sans but sur les cimes du mont des Immondices. Avec délice.

Merde, ce que cela puait ! Ce sont ces miasmes qui m’ont plongé dans cet état et puis c’est le fait d’avoir effectué toute cette errance sous un soleil de plomb pour me heurter à un mur qui m’a assommé. Voyez cet œuf de pigeon sur ma psyché. Il y avait cette impensable muraille qui courrait sur la côte, personne pour me renseigner mais cette interrogation qui me poursuivait, comme à chaque fois : où aller ? J’ai filé plein sud, me souvenant avoir traîné au bord des flots du côté de Dakar quelques années auparavant et j’étais prêt à cheminer 600 bornes encore s’il le fallait.

Aucun mur ne sera jamais aussi long qu’un océan ! Retiens ça, migrant…

Au moment de reprendre le fil de mes pas et de nouveau fouler aux pieds toutes les considérations qui m’avaient conduites en cette contrée, je me suis retourné vers cette cité où rien ne dépasse ou si peu. C’est là que pour la première fois tout m’a semblé… tellement… tellement… si… horizontal !

Ah, on y revient… Tu ne comptes pas nous faire toute l’histoire là-dessus ?

Hum… Ça se pourrait mais seulement si les mots acceptent d’arrêter de tournoyer ainsi dans mon esprit, je n’arrive simplement pas à les attraper.

Et si tu les laissais gentiment retomber ? Arrête donc de leur souffler dessus.
Tout ce trouble, c’est simplement ton esprit qui te joue un sale tour, c’est tout. Regarde, maintenant que tu te remets à respirer,
je vois chaque lettre gentiment se poser sur ton âme. Que disent-elles ?
Contrairement à ce que tu crois, je ne vois pas toujours clair en toi.
Y arrives-tu toi-même ? Tout y est si obscur, parfois…

Je lis : j’ai un horizon de toits devant moi.

Fichtre, tu bloques… ou tu débloques, c’est selon.

Non, tu m’as mal compris. Ecoute ce que je dis… Enfin, tâche de comprendre : j’ai un horizon de TOI devant moi…

Je te retrouve malgré ce regard inquiétant….  

Hum… Je n’ai bizarrement jamais été perdu ce jour malgré mes errances, mes errements.

Ce fut long mais j’ai finalement trouvé une faille dans cet autre mur de l’Atlantique. Un bunker peut résister aux bombes, pas à un océan. Retiens ça, général ! Je me suis enfourné dans la brèche pour bondir de dune en dune jusqu’au rivage. Je ressentais une étrange exaltation. Merde, je venais de faire sauter le couvercle d’un bocal qui contenait tout un océan ! J’ai ensuite cavalé sur la plage comme un idiot mais, en arrivant, tout était si beau et si désolant à la fois.

Il y avait au large cette incroyable armada de pirogues colorées qui barrait un horizon bleu-gris et, au premier plan s’échouant sur la plage, des centaines de poissons trucidés ou suicidés, c’est selon, qui semblaient fixer d’un œil accusateur le monde des vivants. Ultime revanche pour la poiscaille que de me faire culpabiliser ainsi. Moi qui n’en mange pas. J’ai vu la mort danser tout le long du rivage et mille cercueils de plastique l’accompagner dans le ressac. Même le vent du large ne parvenait à chasser cet air putride comme ce gros nuage orageux qui se formait en mon esprit.

Ne crains pas ce grondement en toi, la pluie aussi a ses bienfaits.
D’autant que tu étais en feu ces derniers temps. Regarde-toi ! Et puis, je me tape
de tes visions morbides, j’en ai déjà trop entendu depuis bien longtemps sur le sujet. Il est… Il était… Qu’est-ce que la mort sinon une question de temps ?
Tu le sais bien, toi qui es incapable de conjuguer ta vie
autrement qu’au présent actuellement.

Hum, ouais… Tu sais, ce « j’ai-un-horizon-de-toi-devant-moi », je ne sais même pas ce qu’il veut dire… Je ne sais même pas à qui il s’adresse… Durant mon sommeil, mon combat en fait, j’ai vu passer toutes celles que j’ai aimé, désiré, eu, pas eu, connu, raté, espéré, désespéré, touché, pas touché, pleuré, moqué, craint, adulé puis détesté, fuit, coursé, oublié et retrouvé, observé et pas compris, entendu mais pas écouté, regardé mais pas vu etc. Litanie sans fin… Elles sont toutes passées dans ce lit. Pas les unes après les autres mais toutes ensemble ! Cela faisait bien trop de monde pour un si petit lit.

C’était donc ça ces tortillements mon salaud ! Moi qui m’inquiétais.
J’avais un horizon de toi tellement… tellement… si… vertical !

Hum… Ce n’était pas un gang-bang mental, non. Je n’avais envie ni de les embrasser, ni de les toucher. Tout juste d’effleurer leur âme. Ce qui a toujours été le cas d’ailleurs. Mon seul vrai plaisir, mon puissant aphrodisiaque. J’en arrive à me demander si en voulant jouir ainsi de leur essence, je ne les aurais pas salement écorchées pour qu’elles viennent me hanter ainsi.

Ce que tu peux être con des fois. Tu n’as pas besoin d’une femme mais de repos.

Hum… Ce dont j’ai besoin surtout, c’est de moins de gens tentés de m’expliquer ce dont j’ai besoin. D’autant que je n’ai besoin de rien. Ergo sum pauper[5], je l’ai décidé (et chanté), et c’est très bien ainsi. En tout cas, j’ai compris que c’était très bien ainsi en observant les pêcheurs sur la plage luttant avec les vagues, luttant avec les algues, luttant avec la marée, luttant avec les années. Vieux ou jeunes, ils ne demandaient rien eux, ils ne pleurnichaient pas eux, chacun savait clairement ce qu’il avait à faire et le faisait sans réclamer de sens à toute chose. On ne perd pas son temps à hurler à l’injustice lorsqu’on se bat pour sa survie. Lutte t-on seulement pour survivre ? On se contente de le faire. Simplement. Bêtement. Ne pas se poser mille questions, c’est le vrai privilège du pauvre et il l’ignore (mais c’est le luxe de l’idiot qui en abuse allègrement).

Moi, je suis comme ces pêcheurs. Je navigue dans ce monde, mène ma barque à ma guise sans autre ambition que de remonter de pleins filets d’impressions. Vendre du papier est un passe-temps, pas un moyen et encore moins une raison de vivre. Non, je ne subsiste que par la chair grasse des sensations que me procurent ces moments précieux nés dans l’insignifiance d’un banal quotidien. Je vous abandonne l’argent et l’orgueil (pas la sensualité, la prise du pécheur). Ces seules expériences me nourrissent. Quitte à risquer de m’empoisonner, comme aujourd’hui !

Mais j’y repense… Il y avait tant de diodons sur cette plage, gonflés comme des baudruches, leurs piquants venimeux tendus vers moi. Peut-être que l’un d’entre eux m’a sournoisement piqué, non ? Car c’est là-bas que ma raison s’est égarée ! Peut-être y est-elle toujours ? A moins qu’un coup de vent l’ait emportée ? Dans ce cas, c’est le long du mur qu’il faut chercher, pas vrai ? Faudrait y retourner… Tu n’as qu’à rester… On ne sait jamais… Si elles reviennent… Toutes… Tu leur diras que j’ai des choses à leur dire… Je ne sais pas quoi mais je trouverai bien en chemin, hein ? Je pourrais faire un pas de géant par exemple… Je pourrais facilement cavaler, non ? Tout est tellement… tellement… si… horizontal ici ! L’avenue Gama Abdel Nasser, elle a cette drôle de courbure mais elle est droite sinon… Je ne me perdrai pas… Bien au contraire ! Je me retrouverai… Faut juste pas que cette maudite raison soit prise dans un filet ou qu’un pêcheur l’ait faite griller… Pire encore qu’elle se balade sur l’océan ! Là où je n’ai pas pied… On ne nage pas au milieu d’un cimetière, n’est-ce pas ? Je ne peux pas me perdre… Je ne peux plus me perdre ! Je ne peux que me retrouver ! Je ne peux que…

Hé hé Hervé hey ! Hey Vé, où t’étais ?
Où t’es à cet instant ? Où es-tu maintenant ?
Dans quel passé ? Dans quel présent ?
Harfi, bordel, où t’es encore parti ?
Tu es si petit Pugi, tu sais.
Cela en serait touchant si tu n’était pas si chiant.
Sale coin-coin que tu es !
Ouvre les yeux, regarde en toi.
Je suis là !
JE… SUIS… LÀ !

Et moi je suis las en sueur, chancelant, balayant d’un regard hagard l’avenue du Général-de-Gaulle qui semble tranquillement sommeiller. Et moi, son invité, je troublerai sa quiétude ? Et moi, grand fatigué devant l’éternel, je déchirerai la nuit d’une folle chevauchée ? Et moi, malade passager, je finirai ma vie échoué sur ce balcon brulant complètement déshydraté ? Tel un pauvre poisson sur une plage mauritanienne…

 J’abandonne la rambarde en lâchant une dernière grimace affectueuse à la ville endormie. J’enjambe prudemment la marche qui s’incline et me sourit. Je scrute ma chambre à la recherche de cette foutue bouteille d’eau qui ne cesse de jouer à cache-cache. Mes draps humides et froissés me font penser à un étonnant océan de regrets tatoué de mes délires par ces longues goutes qui dégoulinent depuis mon front surchauffé ! Cette mer nauséeuse, je l’assécherai comme l’autre dans un cauchemar. Vaste projet d’insomniaque.

Je m’écroule avec plaisir sur mon lit et de cette position privilégiée je surveille par la baie vitrée Nouakchott qui fomente certainement sa revanche contre moi. Paranoïa post-apocalyptique qui ne m’effraie pas. Les conspirateurs ne trouveront jamais où se terrer ni même où monter leur embuscade. Je connais chaque grain de sable personnellement. Et puis, franchement, cette ville… cette ville… Disons-le, cette ville est tellement… tellement… si… horizontale. Surtout ainsi allongé.

Je m’endors. Cure-dent sous l’oreiller.


[1]  Exonyme utilisé pour qualifier les communautés négro-africaines établies au nord-ouest de l’Afrique. On parle également communément de Maures Noirs.

[2] Quartiers de Nouakchott.

[3] Zone d’habitat informel de type bidonville.

[4] Créature surnaturelle malfaisante dans la culture traditionnelle musulmane.

[5] « Je suis pauvre » en latin.

2 réflexions sur “NKTT

  1. Beau délire que celui-ci, Harfi… T’es pas si chiant, finalement !
    Mais moi oui, et j’ai relevé deux coquilles que je m’empresse de te signaler… Je t’enverrai la note de frais.

    « Conscient qu’un seul de mes soupirs pouvait mettre à terre ces enchevêtrements de tentes déchirées, de baraquements branlants, de caravanes désossées où s’entassAIENT des bataillons désarmés et désargentés de morveux chiasseux sur lesquels de placides mamas mutiques veillaient. »

    Et l’autre, c’est un petit bégaiement pluritemporel : « Il y a avait tant de diodons sur cette plage »

    J’adore te lire l’ami. Je comprends pas tout, j’essaie de boucher les trous, les bouts d’histoires et de contextes que j’ignore. J’imagine, je t’imagine et je me souviens de toi. putain, ça fait longtemps ! Quand on se reverra, on va se couler plusieurs bouteilles et on se racontera nos vies de paumés instables, chacun aux antipodes de l’autre. Je sais pas toi, mais moi j’ai hâte. La bise vieux !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s