Sid Ali Boudina

Sid Ali Boudina : rameur de caractère

Dans une Algérie où rien n’est simple pour les sportifs, le double champion national en titre d’aviron travaille autant ses muscles que ses méninges. Quart-de-finaliste aux Jeux olympiques de Rio en 2016, Sid Ali Boudina a également gagné sa place pour ceux de Tokyo en 2020.


Ils sont nombreux les Algériens à ramer depuis de nombreuses années. Ils se réunissent d’ailleurs chaque vendredi depuis de longs mois dans les rues de la capitale pour que cesse cette galère. Certains de leurs concitoyens, aussi solidaires puissent-ils être, entendent eux bien suer toute une année encore. Et ce avec tout autant de détermination afin d’arriver à bon port. Plus exactement pour amarrer leur yolette dans la baie de Tokyo.
Sid Ali Boudina est à compter parmi ces forçats de la rame. Voilà plus d’une décennie que cet Algérois s’est fait une place au soleil dans le petit monde ultra-compétitif de l’aviron. Avec un niveau de performance jamais démenti, à l’image des titres de champion d’Algérie trustés en juillet ou des médailles d’or et d’argent moissonnées fin août à Rabat lors des Jeux africains. Pas question pour autant de se reposer sur ses lauriers, « je rentre en Algérie pour trois semaines de préparation intensive », expliquait-il début septembre. Pour quel objectif ? « Décrocher le 15 octobre en Tunisie mon billet pour les Jeux olympiques de Tokyo. » Un beau challenge. (NDLR : Sid Ali Boudina participera aux JO 2020)
Mettre les bouchées doubles, Sid Ali Boudina en a l’habitude. « Travail » a été le maître-mot d’un parcours débuté à l’adolescence. Pourtant, rien ne prédestinait ce grand gaillard à performer aux avirons. « Je suis arrivé là un peu par hasard, reconnaît-il un brin amusé, je voulais faire de la planche à voile mais mon père s’est trompé lors de mon inscription… » Merci papa ! Un paternel qui avait déjà mis le holà quant aux velléités du fiston initialement voué à la natation. « J’avais 14 ans et je n’ai pas trouvé le bon équilibre entre sport et études. Il y a eu sanction : c’en a été fini de la nage », confie Sid Ali.

« Beaucoup de travail et de sacrifices »

Le nageur se transforme donc en rameur, le physique est là reste à acquérir la technique. Deux ans suffisent pour que l’athlète naissant tape dans l’œil du Directeur technique national (DTN) de la Fédération algérienne des sociétés d’aviron et de canoë kayak (Fasack). Retenu en sélection junior en 2008, il rafle trois médailles pour sa première grande compétition. La machine est lancée.
Mais difficile de rêver plus grand dans une Algérie où la gabegie est la règle dès lors que l’on détient une once de pouvoir. Le presque trentenaire d’enrager en évoquant ces camarades « qui ont tout arrêté, tout laissé tomber à cause du manque de soutien de la Fédération… » Pour lui, le salut viendra de l’autre côté de la Méditerranée. Ses capacités et ses résultats lors de Mondiaux U23 ne passent pas inaperçus. Un DTN de la fédération française décèle tout le potentiel de cet espoir. Le contact est établi et Sid Ali débarque en sport-étude au CREPS de Toulouse en 2011. Là, sans négliger ses études en STAPS, le jeune homme peut pleinement se consacrer à sa passion. « Ce fut une chance mais aussi beaucoup de travail et des sacrifices. Tu ne vis pas la même jeunesse que les autres. Je suis passé par des moments difficiles où j’ai eu envie d’arrêter. Puis, ça repart et les résultats sont là alors la motivation revient. Même maintenant, en arrivant à 30 ans, je me rends compte que je suis passé à côté de pleins de choses. Mais, franchement, ça valait le coup ! »
Eh comment ! Non content d’être sacré champion de France en 2014, Sid Ali Boudina touche au Graal ultime pour tout athlète : il est présent au grand rendez-vous des JO de Rio en 2016. Une consécration, un rêve « que je n’aurais pas même imaginé à mes débuts ». Certes, la marche est haute mais le barreur algérien se hisse jusqu’en quart de finale. Une belle performance mais surtout des souvenirs pleins la tête : « C’est dingue de balader dans le village olympique et de croiser un Roger Federer ou un Neymar. Tu partages ton quotidien avec toutes ces stars. C’est juste énorme ! »

« Dans le staff, certains se foutent des athlètes et les dirigeants sont plus intéressés par leur place que par nos performances »


Pour autant, le jeune homme ne manque pas de caractère et, de retour du Brésil, à tout juste 26 ans, décide de claquer la porte de la sélection et de mettre sa carrière entre parenthèses. Le tout sans craindre de partir au clash avec sa fédération. « D’une part, je pensais à mon avenir. Tu ne vis pas de l’aviron. D’autre part, les conditions de préparation en Algérie ne sont pas à la hauteur des exigences du top niveau. Tu peux passer des mois sans avoir des nouvelles des DTN, certains dans le staff se foutent des athlètes et les hauts dirigeants sont plus intéressés par leur place que par nos performances. C’est scandaleux… » Surtout, le rameur – fort de son expérience en France – ne trouve aucune oreille attentive à ses propositions pour faire avancer les choses dans le bon sens.
« Rien n’a changé », soupire le champion qui a fini par revenir sur sa décision après une année blanche. « J’ai décidé de penser à moi avant tout. Il me reste des défis à relever. » Une chance pour lui et le sport algérien. D’autant que c’est une idée fixe chez lui : « Je veux rentrer en Algérie à la fin de ma carrière et participer au développement de mon sport. Je veux donner à ceux qui me suivront ce que la Fédération ne m’a jamais offert. »
En attendant, Sid Ali Boudina répète ses gammes entre Toulouse et Alger. Dans la Ville rose, le pensionnaire de l’Aviron Toulousain s’entraîne tout en partageant son expérience et son savoir-faire avec les jeunes pousses du club. La reconversion est en marche mais pas question de faire une croix sur le présent : Tokyo en 2020 et – pourquoi pas ? – Paris en 2024. Rien d’impossible pour celui qui illustre à merveille ce vieil adage : Mens sana in corpore sano.

Hervé Pugi

Paru dans Le Courrier de l’Atlas – Numéro 140 – Octobre 2019

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