Burkina-Faso : Loumbila, la Croix-Rouge recycle pour le futur

Burkina Faso : la Croix-Rouge recycle pour le futur

Le 12 janvier 2018, c’est en présence du président du Burkina Faso Roch Kaboré et du prince Albert II de Monaco que le centre polyvalent de Loumbila était inauguré en grande pompe. Un lieu unique en son genre qui se veut un modèle de collaboration entre les Croix-Rouge des deux pays. Mais pas seulement. Tour d’horizon d’un projet aussi atypique que prometteur.

Alors que le taxi fatigué, s’extirpant péniblement de Ouagadougou, tombe dans la nasse d’un contrôle routier, policiers et chauffeur semblent soudain unis dans la même incrédulité face à la destination du passager : « Un centre polyvalent ? A Loumbila ? Connais pas ! Et puis c’est quoi ça ? » La police a heureusement mieux à faire que blablater avec l’étranger. Pas le cas de Jean-Marie, increvable conducteur et tchatcheur, qui ne finira par perdre la parole qu’une fois stationné sur le site.

Le forçat de la route se gratte la tête, sourit, rigole même franchement pour finir par engager une discussion avec un vigile alors que son client attend billets à la main de régler sa course. Il faut dire que l’on croise rarement un tel empilement de conteneurs maritimes… surtout si loin de la mer. L’assemblage est monégasque, en tout cas il représentait la Principauté lors de l’exposition universelle de Milan en 2015. Drôle de mécano, curieux bric-à-brac en fait que ces 1.000 m² à l’architecture moderne venus s’échouer sur ce terrain de près de 7 hectares.

Cette deuxième vie pour son pavillon, Monaco l’a souhaité. Question de responsabilité. Sa Croix-Rouge en a hérité. Voilà qui tombait bien car son homologue burkinabè, pour sa part, possédait un bout de terre sis à une vingtaine de kilomètres de la capitale qu’elle entendait valoriser. « La bonne entente entre les deux pays et organisations ont permis d’aboutir à cet établissement unique en son genre », résume en peu de mots Honorat Sognon, consultant pour l’organisme humanitaire.

Formation hôtelière et production bio

Le centre polyvalent de Loumbila est tout à la fois un projet économique, une expérimentation humaine et une action sociale. Le tout initié pour bénéficier aux communautés environnantes. Explications. Si la Croix-rouge burkinabè est chez elle ici (et prodigue notamment diverses formations au secourisme), elle a un locataire un peu spécial en la personne du Dunia Hôtel avec ses 67 chambres de standing, sa piscine semi-olympique et son restaurant. On est loin du dispensaire de brousse…

Un moyen d’obtenir des ressources additionnelles mais également de faciliter l’accès à l’emploi aux populations locales, notamment à la jeunesse du coin. Ce que confirme Aziz Ouattarra représentant du groupe hôtelier Azalaï : « L’objectif du groupe était d’embaucher des gens de Loumbila. Problème, au moment du recrutement, il n’y avait pas vraiment de personnes qualifiées. » Un problème remédié par la firme malienne en instaurant une école hôtelière afin « d’intégrer les actuels élèves à l’hôtel mais aussi aux autres établissements du groupe ».

Une démarche d’intégration qu’a étudié et participé à élaborer le sociologue Adolphe Yemtim pour qui cette entreprise répond parfaitement au « besoin d’action en matière de développement » qu’attendent les communes au Burkina Faso. Autre exemple concret, ce groupement de maraichères initiées à la production bio – avec le soutien de l’ONG Tamat – alors que les pesticides sont un fléau ici comme dans bien d’autres pays sur la planète. Une production locale que l’on retrouve dans les assiettes du restaurant du Dunia Hôtel.

Le Burkina en mode urgence

De fait, si la Croix-Rouge entend profiter de ses locaux pour délivrer « des formations de type pratiques par et pour des professionnels du secteur afin de renforcer les capacités des acteurs de l’humanitaire », dixit Honorat Sognon, l’association a tenu à inscrire pleinement ce centre polyvalent dans le tissu communautaire et économique local. Et ce en tenant compte des enjeux environnementaux primordiaux. Centrale photovoltaïque, réutilisation des eaux usées, recyclage des déchets, le centre apparaît (autant que possible) comme un petit îlot vert dans un environnement qui n’a malheureusement souvent pas le luxe de pouvoir se préoccuper de telles questions. Loumbila est plus qu’une curiosité ou une simple utopie mais bien un laboratoire à ciel ouvert dans la sous-région.

Pour autant, pas question pour la Croix-Rouge locale de jouer aux rentiers et d’oublier sa vocation première. Plus encore dans le contexte délicat que traverse le Burkina et l’ensemble du Sahel. « Ce projet de centre de formation c’est un gros pari, un gros challenge,reconnaît Honorat Sognon qui œuvre lui-même depuis 15 ans dans l’humanitaire.Nous avons basculé dans un mode d’urgence avec des déplacés internes, des problématiques d’insécurité et des besoins cruciaux. Beaucoup d’acteurs s’engagent et recrutent localement mais sans être formés. Aussi, ce centre sera à terme une véritable plus-value et pas simplement pour le Burkina Faso mais pour toute l’Afrique ! A nous de relever ce défi !»

Hervé Pugi

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