Mali : Barkhane parti pour rester

Le désastreux retrait militaire américain en Afghanistan dans le contexte de retour au pouvoir des talibans interroge jusqu’à l’autre bout de la planète. Du côté du Sahel, c’est effectivement mi-février lors du sommet du G5 que sera discuté l’engagement de la France dans la région. Le président Macron veut réduire la voilure. Pour quelles conséquences ?

Après plus de huit ans d’activité, via les opérations Serval et Barkhane, l’opinion publique française a fini par basculer. L’hostilité est désormais de mise quant à une intervention qui grève le budget de la nation à hauteur de 1 milliard d’euros par an et aura coûté la vie à 55 morts. Un fléchissement qui s’explique tant par l’éloignement relatif du théâtre des événements mais plus sûrement à une véritable incompréhension quant aux différents enjeux. La lutte contre le terrorisme est une chose, la stabilisation d’un Etat, putschiste, le Mali, en est un autre.

« Il n’y a pas de problème militaire en soit au Mali » affirme-t-on sereinement dans les rangs de la Grande muette qui estime avoir considérablement affaibli autant le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), allié d’Al-Qaïda, que l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Des groupes antagonistes dont la capacité de nuisance est jugée « résiduelle ». Pendant que l’EIGS compterait ses candidats au martyr, le GSIM – sous pression – se verrait contraint à la négociation avec le pouvoir central.

L’ennui est que ce pouvoir est loin de faire l’unanimité dans le pays et peine à maîtriser son propre territoire. Pendant que la France et son allié malien font le ménage chez les terroristes, l’insécurité n’a paradoxalement jamais été aussi élevée que ces derniers temps. Et plus seulement dans le seul nord du pays puisque le centre est également gagné par l’agitation. Ce que reconnaît volontiers le colonel Barbry, porte-parole de l’état-major français, qui expique qu’il y a là « une zone de contestation et de prédation ». Au final, la zone rouge circonscrit Bamako dans un rayon de 200 kilomètres.

La situation dans la région est donc plus fragile que jamais, au Mali mais pas seulement, et la question du « redimensionnement » des troupes basées au Mali et au Niger évoqué par le président Emmanuel Macron reste un grand point d’interrogation. Plus encore après le fiasco afghan. On devrait en savoir plus lors du G5 Sahel, prévu à N’Djamena (Tchad) mi-février. Pas de quoi inquiéter les gradés qui ne s’attendent pas à voir les 5.100 hommes, les 7 avions de chasse, les 22 hélicoptères et les 290 blindés lourds tous rentrer à la maison.

« Si aujourd’hui on abandonne le Sahel, on devra y revenir » prophétise l’ancien commandant des opérations spéciales Christophe Gomart, également auteur de « Soldat de l’ombre » (éd. Taillandier). Lui comme d’autres imaginent « des forces de réaction avec des moyens légers qui vont vite et loin ». Un changement de stratégie qui permettrait au président Macron de réduire les effectifs et d’alléger le budget d’une opération appelée à durer dans le temps. Quoi qu’on en pense.

Hervé Pugi

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